Bien sûr, voici la traduction en français du texte que vous avez fourni, en conservant la structure et les détails de l'analyse comparative entre le Sūtra du Cœur et le Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
Bien, nous allons maintenant prendre le Sūtra du Cœur comme texte de base (original) et procéder à une analyse approfondie et une explication doctrinale phrase par phrase, en le comparant strictement avec les passages scripturaires complets pertinents du Mahāprajñāpāramitā Sūtra (en nous référant principalement à la version en 600 fascicules traduite par Maître Xuanzang, en particulier les parties étroitement liées au contenu du Sūtra du Cœur, telles que les fascicules 526, 527, 528, etc., mais sans nous limiter à ces trois fascicules, car la pensée de la Prajñā imprègne tout le sūtra). Nous nous efforçons d'être complets et de ne rien omettre.
Sūtra du Cœur - Canevas 1 : 【Sūtra du Cœur de la Prajñāpāramitā, traduit par Maître Xuanzang, Tripitaka de la Grande Dynastie Tang】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Indique que ce sūtra est l'essence, le cœur fondamental (Sūtra du Cœur) du vaste Mahāprajñāpāramitā Sūtra.
- "Prajñāpāramitā" signifie "la sagesse qui atteint l'autre rive", se référant à la sagesse ultime capable d'éliminer les afflictions (kleshas), de transcender le cycle des naissances et des morts (saṃsāra) et d'atteindre l'autre rive du Nirvāṇa.
- Indique que le traducteur est Maître Xuanzang de la dynastie Tang.
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra (référence au début du sūtra et aux sections de définitions pertinentes) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 1), Première Assemblée, Chapitre Introductif, Section 1 : "Ainsi ai-je entendu. Une fois, le Bhagavān séjournait à Rājagṛha, sur le Pic des Vautours, avec une grande assemblée de mille deux cent cinquante bhikṣus, tous Arhats, dont les impuretés (āsravas) étaient épuisées, sans plus d'afflictions, [...] leur esprit ayant atteint la liberté et étant parvenus à l'autre rive victorieuse..." (Bien que "Prajñāpāramitā" ne soit pas directement défini ici, il est indiqué que "parvenir à l'autre rive victorieuse" est le but de la pratique, suggérant le rôle de la Prajñā.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 401), Deuxième Partie, Chapitre sur l'Origine Conditionnée, Section 1 : Le Bouddha dit à Śāriputra : "L'attention mentale correspondant à l'omniscience (sarvajñajñāna), avec la grande compassion (mahākaruṇā) comme guide principal, et la non-obtention (asuprapti/anupalabdhi) comme moyen habile (upāya), telle est la Prajñāpāramitā." (Ici est donnée une définition importante : la Prajñā a pour corps l'attention mentale correspondant à l'omniscience du Bouddha, est guidée par la grande compassion, et utilise la sagesse de la vacuité de la non-obtention comme moyen habile.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : Le Bouddha dit à Subhūti : "La Prajñāpāramitā très profonde peut engendrer tous les Bouddhas, elle est la mère de tous les Bouddhas ; elle peut révéler au monde la réalité véritable de tous les phénomènes (dharmas), elle est appelée la voie suprême ; grâce à cette Prajñāpāramitā, les Śrāvakas, les Pratyekabuddhas, les Bodhisattvas et les Tathāgatas peuvent atteindre l'autre rive. Ayant atteint l'autre rive, ils peuvent éliminer définitivement toutes les afflictions ainsi que leurs traces latentes (vāsanās), et réaliser le Nirvāṇa final, permanent et bienheureux." (Cette phrase explique excellemment la fonction de la Prajñāpāramitā : donner naissance aux Bouddhas, révéler la réalité véritable, permettre aux quatre sortes de Saints d'atteindre l'autre rive, éliminer les afflictions et réaliser le Nirvāṇa.)
- Explication doctrinale :
- Le caractère "Cœur" (心, xīn) dans le Sūtra du Cœur indique sa position centrale dans le vaste corpus des sūtras de la Prajñā ; il en est la structure principale et la quintessence. Le Mahāprajñāpāramitā Sūtra lui-même est une explication complète, approfondie et répétée du concept central de "Prajñāpāramitā".
- D'après les définitions et descriptions du Mahāprajñāpāramitā Sūtra, la "Prajñāpāramitā" n'est pas seulement une sagesse au niveau cognitif, mais un système complet de pratique intégrant la grande compassion (pour le bénéfice des êtres), la vue de la non-obtention (pénétration de la vacuité), et l'orientation vers la libération ultime (atteindre l'autre rive, réaliser le Nirvāṇa, atteindre la Bouddhéité).
- Le fait que Maître Xuanzang soit le traducteur des deux sūtras garantit que la pensée fondamentale du Sūtra du Cœur et l'exposé vaste du Mahāprajñāpāramitā Sūtra s'inscrivent doctrinalement dans la même lignée, ce qui est essentiel pour comprendre l'ensemble de la porte du Dharma de la Prajñā.
Sūtra du Cœur - Canevas 2 : 【Le Bodhisattva Avalokiteśvara, pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, vit clairement que les cinq agrégats sont tous vides, et traversa ainsi toutes les souffrances et calamités.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Le sujet capable de contempler et de pratiquer : le Bodhisattva Avalokiteśvara.
- La méthode et l'état de la pratique : pratiquer profondément la Prajñāpāramitā (行深, xíng shēn).
- Le contenu de la réalisation issue de la pratique : par la contemplation de la sagesse Prajñā, pénétrer la nature propre ultimement vide (皆空, jiē kōng) des cinq agrégats (skandhas : forme, sensation, perception, formations mentales, conscience) qui constituent le "moi" et le monde.
- La fonction et le résultat de la pratique : sur la base de cette réalisation, transcender et se libérer de toutes les souffrances et calamités (苦厄, kǔ'è) nées de l'attachement (度一切苦厄, dù yīqiè kǔ'è).
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Concernant "Bodhisattva Mahāsattva" et "pratiquer profondément la Prajñā" :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "À ce moment, le Vénérable Subhūti dit encore au Bouddha : 'Le Bienheureux parle constamment de la Prajñāpāramitā très profonde. Pour quelle raison la Prajñāpāramitā très profonde est-elle appelée Prajñāpāramitā ?' Le Bouddha dit à Subhūti : 'Parce que cette Prajñāpāramitā mène à l'autre rive ultime de tous les phénomènes, elle est appelée Prajñāpāramitā. De plus, Subhūti ! Grâce à cette Prajñāpāramitā, les Śrāvakas, les Pratyekabuddhas, les Bodhisattvas et les Tathāgatas peuvent atteindre l'autre rive, c'est pourquoi elle est appelée Prajñāpāramitā.'" (Explique que la Prajñā est l'outil permettant aux pratiquants comme les Bodhisattvas d'atteindre l'autre rive.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Si un Bodhisattva Mahāsattva pratique profondément la Prajñāpāramitā, tous les démons (Māras), les armées démoniaques, les personnes arrogantes et tous les hérétiques ne peuvent le détruire ; toutes les afflictions du monde telles que l'avidité, la haine, l'ignorance, etc., ne peuvent l'ébranler." (Décrit l'état et la puissance de la "pratique profonde de la Prajñā" : ne pas être ébranlé par les obstacles internes et externes.)
- Concernant "voir clairement que les cinq agrégats sont tous vides" (照见五蕴皆空, zhàojiàn wǔyùn jiē kōng) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : Le Bouddha dit à Subhūti : "Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent profondément la Prajñāpāramitā, ils devraient contempler l'agrégat de la forme comme vide car ultimement non-né ; ils devraient contempler les agrégats de la sensation, de la perception, des formations mentales et de la conscience comme vides car ultimement non-nés." (Indique directement que lors de la pratique profonde de la Prajñā, on doit contempler la "non-naissance ultime" des cinq agrégats pour en comprendre la "vacuité".)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "De plus, Subhūti ! Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent profondément la Prajñāpāramitā, ils devraient contempler l'agrégat de la forme jusqu'à l'agrégat de la conscience comme vides car leur nature propre est inexistante ; ils devraient contempler l'agrégat de la forme jusqu'à l'agrégat de la conscience comme vides car leur nature propre est inobtenable." (Explique plus en détail que la "vacuité" est due au fait que les cinq agrégats sont "dénués de nature propre", "inobtenables en tant que nature propre".)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Comment un Bodhisattva Mahāsattva, en pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, ne pense-t-il pas : 'J'élimine les phénomènes par la Prajñāpāramitā' ? Subhūti ! Parce que tous les phénomènes, en nature et en caractéristiques, sont vides, il n'y a rien qui puisse éliminer ni rien qui soit éliminé. Ici, aucun phénomène n'est éliminé par un autre phénomène ; ce phénomène n'est pas ce qui élimine, cet autre phénomène n'est pas ce qui est éliminé, car les deux phénomènes sont tous deux inobtenables." (Explique profondément le sens de la "vacuité" : il n'y a pas une "vacuité" réelle qui élimine un "phénomène" réel, mais la nature des phénomènes est intrinsèquement vide ; ce qui élimine et ce qui est éliminé sont tous deux inobtenables. "Voir clairement" (照见) est la compréhension de ce principe.)
- Concernant "traverser toutes les souffrances et calamités" (度一切苦厄, dù yīqiè kǔ'è) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Les Bodhisattvas Mahāsattvas, pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, peuvent accomplir des choses difficiles. Ils n'obtiennent pas [réellement] d'êtres sensibles, ni l'établissement [conceptuel] d'êtres sensibles, et pourtant, pour le bien des êtres sensibles, ils recherchent l'Éveil suprême, complet et parfait (Anuttarā Samyaksaṃbodhi), désirant les libérer des souffrances infinies des naissances et morts dans les trois mondes et leur faire réaliser le Nirvāṇa final, permanent et bienheureux." (Explique que le but de la pratique de la Prajñā par le Bodhisattva est de libérer les êtres des souffrances des naissances et morts et de leur faire réaliser le Nirvāṇa.)
- Explication doctrinale :
- "Le Bodhisattva Avalokiteśvara" représente l'archétype du pratiquant du Mahāyāna qui utilise la sagesse Prajñā pour son propre bénéfice et celui des autres. "Pratiquer profondément" (行深) n'est pas seulement comprendre, mais c'est, dans la pratique de la concentration (samādhi) et de la sagesse (prajñā), une contemplation et une expérience continues et approfondies du principe de vacuité de la Prajñā, au point de ne plus être affecté par les états d'expérience (境界, jìngjiè).
- "Voir clairement que les cinq agrégats sont tous vides" (照见五蕴皆空) est la contemplation centrale de la Prajñā. Les cinq agrégats sont la base de l'attachement de l'être ordinaire au "moi". Le Mahāprajñāpāramitā Sūtra indique clairement que contempler leur "non-naissance ultime", leur "nature propre inexistante", leur "nature propre inobtenable", c'est comprendre la nature de la vacuité. Cette vacuité n'est pas le néant, mais signifie que les choses manquent d'une entité (nature propre) indépendante, permanente et immuable.
- "Traverser toutes les souffrances et calamités" (度一切苦厄) est le résultat inévitable de la sagesse Prajñā. Les souffrances et calamités proviennent de l'attachement aux cinq agrégats et autres phénomènes, les considérant comme réels et générant ainsi l'avidité, la haine et l'ignorance. Une fois que la sagesse Prajñā "voit clairement" leur nature vide, la racine de l'attachement (saisie du soi, saisie des phénomènes) est détruite, et les souffrances et calamités disparaissent naturellement. En même temps, le Bodhisattva utilise cette sagesse pour guider les êtres vers la libération de leurs souffrances et calamités.
Sūtra du Cœur - Canevas 3 : 【Śāriputra, la forme n'est pas différente de la vacuité, la vacuité n'est pas différente de la forme. La forme est précisément vacuité, la vacuité est précisément forme. Il en est de même pour la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Prenant l'agrégat de la forme (phénomènes matériels) comme exemple parmi les cinq agrégats, révèle la relation entre les phénomènes et la vacuité. "N'est pas différente" (不异, bù yì) indique que la vacuité n'est pas séparée de l'agrégat de la forme, et l'agrégat de la forme n'est pas séparé de la vacuité ; "est précisément" (即是, jí shì) indique que l'agrégat de la forme est, dans l'instant présent, vacuité, et la vacuité se manifeste, dans l'instant présent, comme l'agrégat de la forme. Les deux ne sont pas deux choses indépendantes, mais deux aspects de la même réalité.
- Ce principe s'applique également aux quatre autres agrégats : sensation, perception, formations mentales et conscience.
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Concernant "la forme n'est pas différente de la vacuité, la vacuité n'est pas différente de la forme" :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Ainsi, l'agrégat de la forme jusqu'à l'agrégat de la conscience, leur nature propre est précisément l'absence de nature propre (无性, wúxìng). Par cette absence de nature propre, tous les phénomènes sont vides. Subhūti ! Cette nature de vacuité n'est pas différente de l'agrégat de la forme, ni différente des agrégats de la sensation, de la perception, des formations mentales et de la conscience ; l'agrégat de la forme n'est pas non plus différent de la nature de vacuité, et les agrégats de la sensation, de la perception, des formations mentales et de la conscience ne sont pas non plus différents de la nature de vacuité." (Indique clairement que la nature propre des cinq agrégats est l'absence de nature propre (vacuité), et que la vacuité et les cinq agrégats "ne sont pas différents" l'un de l'autre.)
- Concernant "la forme est précisément vacuité, la vacuité est précisément forme" :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 407), Deuxième Partie, Chapitre sur la Contemplation, Section 2 : "Śāriputra ! La forme (rūpa) est précisément vacuité (śūnyatā), la vacuité est précisément forme ; la sensation (vedanā), la perception (saṃjñā), les formations (saṃskārāḥ), la conscience (vijñāna), il en est de même." (Dans le Mahāprajñāpāramitā Sūtra, il existe effectivement des passages presque identiques à cette phrase du Sūtra du Cœur, établissant clairement la relation de "précisément" (即是, jí shì) entre la forme et la vacuité, et entre la sensation, la perception, les formations, la conscience et la vacuité.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Si par cette Ainsi-té (Tathātā) est établi [conceptuellement] le Tathāgata, alors par cette Ainsi-té sont établis les Śrāvakas, les Pratyekabuddhas, alors par cette Ainsi-té sont établis les Bodhisattvas Mahāsattvas, alors par cette Ainsi-té sont établis l'agrégat de la forme, l'agrégat de la sensation, l'agrégat de la perception, l'agrégat des formations mentales, l'agrégat de la conscience..." ("Ainsi-té" (真如, zhēnrú) est un autre nom pour la vacuité. Cette phrase explique que l'agrégat de la forme et tous les autres phénomènes sont établis et se manifestent en dépendance de l'Ainsi-té (vacuité), signifiant que les phénomènes comme la forme sont eux-mêmes l'activité et la manifestation de l'Ainsi-té (vacuité), d'où "la forme est précisément vacuité". Inversement, l'Ainsi-té (vacuité) doit aussi se manifester à travers les phénomènes comme la forme, d'où "la vacuité est précisément forme".)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 528), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 2 : "Tous les phénomènes ont pour nature l'absence de nature propre (无性为性, wúxìng wéi xìng). Si tous les phénomènes ont pour nature propre l'absence de nature propre, comment, en contemplant la forme jusqu'à la conscience, peut-on parler de différence ? Subhūti ! Ceci n'est qu'établissement nominal (假立, jiǎlì), la nature et les caractéristiques de tous les phénomènes sont ultimement vides. Dans cette nature de vacuité, il n'y a aucune différence." (Souligne que la nature fondamentale de tous les phénomènes est l'absence de nature propre (vacuité), c'est-à-dire "la forme est précisément vacuité". Les phénomènes comme la forme, apparemment si divers, sont sans différence dans leur essence de vacuité.)
- Explication doctrinale :
- "La forme n'est pas différente de la vacuité" réfute l'opinion considérant la vacuité comme un néant annihilateur séparé des phénomènes ; "la vacuité n'est pas différente de la forme" réfute l'opinion considérant les phénomènes comme existant réellement en dehors de la vacuité (éternalisme).
- "La forme est précisément vacuité" pointe directement du doigt l'essence des phénomènes (existence par production conditionnée, 缘起有) qui est la vacuité (vacuité de nature propre, 性空) ; "la vacuité est précisément forme" explique que la vacuité n'est pas une vacuité stérile (顽空, wánkōng), mais qu'elle peut manifester tous les phénomènes (la vraie vacuité est existence merveilleuse, 真空妙有).
- Ces deux paires de relations (non-différent, précisément) révèlent profondément l'unité dialectique, la porte du Dharma de la non-dualité, entre la production conditionnée et la vacuité de nature propre. La sagesse Prajñā consiste à réaliser cette fusion harmonieuse et sans obstacle entre phénomène et essence, entre vérité conventionnelle (世俗谛, shìsúdì) et vérité ultime (胜义谛, shèngyìdì).
- "Il en est de même pour la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience" indique que cette porte de la non-dualité s'applique à tous les phénomènes mentaux et matériels ; l'ensemble des cinq agrégats est production conditionnée et vide de nature propre.
Sūtra du Cœur - Canevas 4 : 【Śāriputra, cette caractéristique de vacuité de tous les phénomènes n'est ni née ni détruite, ni souillée ni pure, n'augmente ni ne diminue.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Décrit plus en détail les caractéristiques de la "caractéristique de vacuité de tous les phénomènes" (是诸法空相, shì zhū fǎ kōng xiāng), c'est-à-dire l'essence de vacuité de toutes choses.
- Elle transcende l'opposition du temps et de l'existence (ni naissance ni extinction, 不生不灭).
- Elle transcende l'opposition des valeurs et des attributs (ni souillée ni pure, 不垢不净).
- Elle transcende l'opposition de la quantité et de l'étendue (ni augmentation ni diminution, 不增不减).
- La caractéristique de vacuité est la réalité absolue, transcendant tous les concepts de distinctions dualistes.
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 528), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 2 : "Si tous les phénomènes sont ultimement inexistants (毕竟非有, bìjìng fēi yǒu), sans naissance ni extinction, sans souillure ni pureté, sans augmentation ni diminution, demeurant constamment dans l'Ainsi-té véritable (真如, zhēnrú), le Royaume des Dharmas (法界, fǎjiè), la Nature des Dharmas (法性, fǎxìng), la Réalité Ultime (实际, shíjì), il n'y a pas le moindre phénomène qui puisse en sortir pour se diriger vers le Nirvāṇa, ni le moindre phénomène qui puisse y entrer de l'extérieur." (Cette phrase contient de la manière la plus directe et complète la description des six "non" du Sūtra du Cœur, indiquant que les caractéristiques de la vacuité (ultimement inexistant, Ainsi-té, etc.) sont "sans naissance ni extinction, sans souillure ni pureté, sans augmentation ni diminution".)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Cette Prajñāpāramitā très profonde demeure constante et immuable, semblable à l'espace vide, sans naissance ni extinction, sans annihilation ni permanence, ni souillée ni pure, sans augmentation ni diminution, ni existante ni inexistante, ni agrégée ni dispersée." (Utilise ces termes transcendant les oppositions pour décrire la Prajñāpāramitā elle-même, car la Prajñā est la sagesse qui réalise la vacuité, et l'état de vacuité qui en est l'objet possède naturellement ces caractéristiques.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "De plus, Subhūti ! Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent profondément la Prajñāpāramitā, ils devraient contempler la Noble Vérité de la Souffrance jusqu'à la Noble Vérité du Chemin comme vides car ultimement non-nées... ils devraient contempler les trente-sept facteurs de l'Éveil comme vides car ultimement non-nés... ils devraient contempler les Dix Forces du Tathāgata, les Quatre Intrépidités, les Quatre Connaissances Analytiques sans entrave, la Grande Compassion, la Grande Joie Sympathique, la Grande Joie, la Grande Équanimité, les Dix-huit Attributs Exclusifs d'un Bouddha comme vides car ultimement non-nés." (Explique que, qu'il s'agisse de phénomènes mondains (souffrance, origine) ou de phénomènes supra-mondains (cessation, chemin, facteurs de l'Éveil, qualités de Bouddha, etc.), leur nature fondamentale est "ultimement non-née" (ni naissance ni extinction), sans souillure, pureté, augmentation ou diminution substantielles possibles.)
- Explication doctrinale :
- "Cette caractéristique de vacuité de tous les phénomènes" se réfère à la nature véritable de tous les myriades de phénomènes – la vacuité.
- "Ni naissance ni extinction" : Dans la vacuité, il n'y a pas de naissance ni de disparition substantielles. La naissance et la mort des phénomènes ne sont que des illusions de la production conditionnée ; leur essence de vacuité est constamment ainsi.
- "Ni souillée ni pure" : La vacuité elle-même est au-delà des mots et des apparences (离言绝相, lí yán jué xiāng), transcendant les concepts de souillure et de pureté établis par l'esprit discriminatoire de l'être ordinaire. Les afflictions sont vides, le Nirvāṇa est aussi une manifestation de la nature de vacuité ; la vacuité elle-même n'est ni souillée ni pure.
- "Ni augmentation ni diminution" : La vacuité imprègne tout lieu ; elle n'augmente pas par la pratique ou la réalisation, et ne diminue pas par l'égarement des êtres ou leur errance dans le saṃsāra. Elle n'augmente pas chez les Saints, elle ne diminue pas chez les êtres ordinaires (在圣不增,在凡不减, zài shèng bù zēng, zài fán bù jiǎn).
- Ces six "non" nient radicalement notre perception erronée de la réalité basée sur un mode de pensée dualiste et nous guident vers l'intégration de la vacuité absolue qui transcende les distinctions conceptuelles.
Sūtra du Cœur - Canevas 5 : 【C'est pourquoi, dans la vacuité, il n'y a pas de forme, pas de sensation, perception, formations mentales, conscience. Pas d'œil, oreille, nez, langue, corps, mental ; pas de forme, son, odeur, saveur, toucher, phénomène mental. Pas d'élément de l'œil, jusqu'à pas d'élément de la conscience mentale.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- "C'est pourquoi" (是故, shì gù) fait le lien avec ce qui précède ; basé sur le principe de la "caractéristique de vacuité de tous les phénomènes" énoncé précédemment, on en conclut que : dans la vacuité (空中, kōng zhōng), il n'y a pas de cinq agrégats (skandhas) substantiels (forme, sensation, perception, formations, conscience), pas de douze bases sensorielles (āyatanas) substantielles (les six facultés internes : œil, oreille, nez, langue, corps, mental ; et les six objets externes : forme, son, odeur, saveur, toucher, phénomène mental), et pas non plus de dix-huit éléments (dhātus) substantiels (les six éléments de faculté, les six éléments d'objet, les six éléments de conscience).
- Ceci est une négation radicale de l'existence substantielle (nature propre) des éléments fondamentaux (agrégats, bases, éléments) qui constituent la vie individuelle et l'activité cognitive.
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "De plus, Subhūti ! Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent profondément la Prajñāpāramitā, ils devraient contempler l'agrégat de la forme jusqu'à l'agrégat de la conscience comme vides car ultimement non-nés ; ils devraient contempler la base de l'œil jusqu'à la base du mental comme vides car ultimement non-nées ; ils devraient contempler la base de la forme jusqu'à la base du phénomène mental comme vides car ultimement non-nées ; ils devraient contempler l'élément de l'œil jusqu'à l'élément du phénomène mental [dhātu de l'objet] comme vides car ultimement non-nés ; ils devraient contempler l'élément de la conscience visuelle jusqu'à l'élément de la conscience mentale comme vides car ultimement non-nés." (Ce passage correspond directement et complètement à cette section du Sūtra du Cœur, expliquant que sous la contemplation de la Prajñā, les cinq agrégats, les douze bases et les dix-huit éléments sont tous "vides car ultimement non-nés". "Dans la vacuité, il n'y a pas..." signifie comprendre qu'ils sont "vides car ultimement non-nés".)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Subhūti ! Comment un Bodhisattva Mahāsattva, en pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, cultive-t-il l'élimination de l'agrégat de la forme tout en éliminant également cette cultivation ? Subhūti ! Si un Bodhisattva Mahāsattva, en pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, ne pense pas : 'L'agrégat de la forme est un phénomène qui peut être cultivé pour être éliminé, et je peux le cultiver pour l'éliminer.' Pourquoi ? Ce Bodhisattva Mahāsattva n'obtient rien concernant l'agrégat de la forme ni concernant la cultivation, car ils sont vides de nature propre. Il en est de même pour la cultivation de l'élimination des agrégats de la sensation, de la perception, des formations mentales et de la conscience, tout en éliminant également cette cultivation." (Ainsi que les discussions similaires ultérieures sur "cultiver l'élimination" concernant les douze bases et les dix-huit éléments). (Ceci explique que "dans la vacuité, il n'y a pas..." ne signifie pas une disparition physique, mais la "non-obtention" (无所得, wú suǒdé) sous la contemplation de la sagesse, la compréhension de leur vacuité de nature propre, cessant ainsi de s'y attacher, et transcendant même la pensée et l'acte d'"éliminer l'attachement", pour atteindre la non-demeure (无住, wú zhù) complète.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 528), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 2 : "De plus, Subhūti ! La notion de forme jusqu'à la notion de conscience est dualité (二, èr) ; la vacuité de la notion de forme jusqu'à la vacuité de la notion de conscience est non-dualité (不二, bù'èr). La notion de la base de l'œil jusqu'à la notion de la base du mental est dualité ; la vacuité de la notion de la base de l'œil jusqu'à la vacuité de la notion de la base du mental est non-dualité. La notion de la base de la forme jusqu'à la notion de la base du phénomène mental est dualité ; la vacuité de la notion de la base de la forme jusqu'à la vacuité de la notion de la base du phénomène mental est non-dualité. La notion de l'élément de l'œil jusqu'à la notion de l'élément du mental est dualité ; la vacuité de la notion de l'élément de l'œil jusqu'à la vacuité de la notion de l'élément du mental est non-dualité. La notion de l'élément de la forme jusqu'à la notion de l'élément du phénomène mental est dualité ; la vacuité de la notion de l'élément de la forme jusqu'à la vacuité de la notion de l'élément du phénomène mental est non-dualité. La notion de l'élément de la conscience visuelle jusqu'à la notion de l'élément de la conscience mentale est dualité ; la vacuité de la notion de l'élément de la conscience visuelle jusqu'à la vacuité de la notion de l'élément de la conscience mentale est non-dualité." ("Notion" (想, xiǎng) signifie ici attachement, considérer comme réel. Considérer les agrégats, bases et éléments comme réels est "dualité" (opposition, distinction) ; comprendre leur vacuité est "non-dualité" (transcendance de l'opposition). "Dans la vacuité, il n'y a pas..." signifie demeurer dans cet état de "non-dualité".)
- Explication doctrinale :
- Les agrégats, bases et éléments constituent le cadre fondamental de l'analyse bouddhiste du corps, de l'esprit et du monde. L'être ordinaire s'y attache comme à des réalités substantielles, ce qui est la racine du saṃsāra.
- "C'est pourquoi, dans la vacuité, il n'y a pas..." est, au niveau de la vérité ultime (胜义谛, shèngyìdì) (vacuité), la négation du fait que ces phénomènes possèdent une nature propre indépendante et immuable. Ce sont des phénomènes produits par la réunion de causes et conditions, établis par simple désignation nominale (假名安立, jiǎmíng ānlì), dont l'essence est vacuité.
- Cela ne nie pas la fonction phénoménale des agrégats, bases et éléments dans la vérité conventionnelle (世俗谛, shìsúdì), mais détruit l'attachement à leur "nature propre réelle". Comprendre cela permet de ne pas être lié par les phénomènes conditionnés tout en pénétrant la vacuité.
Sūtra du Cœur - Canevas 6 : 【Pas d'ignorance, ni d'extinction de l'ignorance. Jusqu'à pas de vieillesse et mort, ni d'extinction de la vieillesse et mort.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Négation plus poussée de l'existence substantielle des douze liens de la production conditionnée (la chaîne du cycle de la transmigration, de l'ignorance à la vieillesse et la mort) et de leur processus d'extinction (le chemin de la libération, de l'extinction de l'ignorance à l'extinction de la vieillesse et la mort).
- "Pas d'ignorance... pas de vieillesse et mort" nie la réalité substantielle de la porte du cycle (流转门, liúzhuǎn mén) ; "ni d'extinction de l'ignorance... ni d'extinction de la vieillesse et mort" nie la réalité substantielle de la porte de la cessation (还灭门, huánmiè mén).
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "De plus, Subhūti ! Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent profondément la Prajñāpāramitā, ils devraient contempler l'ignorance jusqu'à la vieillesse et la mort comme vides car ultimement non-nées ; ils devraient contempler l'extinction de l'ignorance jusqu'à l'extinction de la vieillesse et la mort comme vides car ultimement non-nées." (Correspond directement au Sūtra du Cœur, indiquant que les maillons du cycle des douze liens (de l'ignorance à la vieillesse et mort) et les maillons de la cessation (de l'extinction de l'ignorance à l'extinction de la vieillesse et mort) sont tous "vides car ultimement non-nés".)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Subhūti ! Comment un Bodhisattva Mahāsattva, en pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, cultive-t-il l'élimination de l'ignorance tout en éliminant également cette cultivation ? Subhūti ! Si un Bodhisattva Mahāsattva, en pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, ne pense pas : 'L'ignorance est un phénomène qui peut être cultivé pour être éliminé, et je peux le cultiver pour l'éliminer.' Pourquoi ? Ce Bodhisattva Mahāsattva n'obtient rien concernant l'ignorance ni concernant la cultivation, car ils sont vides de nature propre. Il en est de même pour la cultivation de l'élimination des formations, de la conscience, du nom-et-forme, des six bases, du contact, de la sensation, de l'attachement [soif], de la saisie, de l'existence, de la naissance, de la vieillesse et la mort, tout en éliminant également cette cultivation." (Explique à nouveau par "cultiver l'élimination" et "non-obtention" que chaque maillon des douze liens et son antidote (extinction) sont, sous la contemplation de la Prajñā, vides de nature propre et inobtenables.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 528), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 2 : "De plus, Subhūti ! La notion d'ignorance jusqu'à la notion de vieillesse et mort est dualité ; la vacuité de la notion d'ignorance jusqu'à la vacuité de la notion de vieillesse et mort est non-dualité." (Utilise également "dualité" et "non-dualité" pour distinguer l'attachement de la compréhension de la vacuité. Considérer les maillons de la production conditionnée comme réels est "dualité" ; comprendre leur vacuité est "non-dualité". "Pas d'ignorance..." signifie demeurer dans la "non-dualité".)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 528), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 2 : "Les Bodhisattvas Mahāsattvas, lorsqu'ils cultivent la commémoration du Bouddha, ne devraient pas penser au Tathāgata, Arhat, Pleinement Éveillé à travers les phénomènes de la production conditionnée. Pourquoi ? Les phénomènes de la production conditionnée sont tous sans nature propre (无自性, wú zìxìng)." (Indique clairement que les phénomènes de la production conditionnée sont eux-mêmes sans nature propre.)
- Explication doctrinale :
- Les douze liens de la production conditionnée constituent une théorie importante expliquant le mécanisme du cycle des naissances et des morts. L'être ordinaire, par ignorance, crée du karma et erre dans le saṃsāra. Le pratiquant, par la sagesse, détruit l'ignorance et se libère en contemplant la production conditionnée en sens inverse.
- Cette phrase du Sūtra du Cœur, du point de vue élevé de la vacuité de la Prajñā, indique que, que ce soit les phénomènes menant au saṃsāra comme l'ignorance, la vieillesse et la mort, ou leur antidote "l'extinction" (灭, miè), ils n'ont pas de nature propre substantielle dans la vérité ultime.
- S'attacher à une "ignorance" réelle à "éteindre", ou à une "vieillesse et mort" réelles à "anéantir", est en soi une forme subtile de saisie des phénomènes (法执, fǎzhí). La sagesse Prajñā transcende même ces deux extrêmes du cycle et de la cessation, pour demeurer dans la réalité non-duelle de la production conditionnée et de la vacuité de nature propre.
Sūtra du Cœur - Canevas 7 : 【Pas de souffrance, origine, cessation, chemin ; pas de sagesse ni d'obtention, car il n'y a rien à obtenir.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Négation de l'existence substantielle de la doctrine centrale du véhicule des Auditeurs (Śrāvakayāna) – les Quatre Nobles Vérités (souffrance, origine, cessation, chemin).
- Négation de l'existence substantielle de la sagesse (智, zhì) qui réalise l'éveil et du fruit (得, dé, comme le Nirvāṇa, la Bodhi) qui est réalisé.
- Indique la raison fondamentale de toutes ces négations ("pas de...") : la vue centrale de la "non-obtention" (无所得, wú suǒdé) de la Prajñā.
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Concernant "pas de souffrance, origine, cessation, chemin" (无苦集灭道, wú kǔ jí miè dào) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "De plus, Subhūti ! Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent profondément la Prajñāpāramitā, ils devraient contempler la Noble Vérité de la Souffrance comme vide car ultimement non-née ; ils devraient contempler les Nobles Vérités de l'Origine, de la Cessation et du Chemin comme vides car ultimement non-nées." (Indique directement que les Quatre Nobles Vérités sont aussi "vides car ultimement non-nées".)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Les Bodhisattvas Mahāsattvas, en pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, s'ils pensent : 'La Noble Vérité de la Souffrance doit être pleinement connue, la Noble Vérité de l'Origine doit être définitivement éliminée, la Noble Vérité de la Cessation doit être réalisée, la Noble Vérité du Chemin doit être cultivée', celui qui pense ainsi ne pratique pas la Prajñāpāramitā. Pourquoi ? Subhūti ! Le Bodhisattva Mahāsattva pratiquant la Prajñāpāramitā n'obtient rien concernant tous les phénomènes, et ne s'y attache pas non plus." (Indique clairement que s'attacher aux aspects substantiels des Quatre Vérités (connaître, éliminer, réaliser, cultiver) n'est pas pratiquer la Prajñā, car le cœur de la Prajñā est la non-obtention, la non-saisie.)
- Concernant "pas de sagesse ni d'obtention" (无智亦无得, wú zhì yì wú dé) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Bienheureux ! Est-ce par un dharma non-duel qu'on obtient un dharma non-duel ?' Le Bouddha dit : 'Non, Subhūti !' 'Bienheureux ! Est-ce par un dharma duel qu'on obtient un dharma non-duel ?' Le Bouddha dit : 'Non, Subhūti ! Pourquoi ? Subhūti ! Les dharmas duels et non-duels sont tous deux inobtenables. C'est pourquoi l'omniscience obtenue n'est obtenue ni par un dharma duel ni par un dharma non-duel. Cependant, le dharma de la non-obtention peut obtenir la non-obtention. C'est pourquoi obtenir sans obtenir est appelé la véritable obtention (无得而得乃名真得, wú dé ér dé nǎi míng zhēn dé).'" (Explique profondément que l'"obtention" de la Prajñā se réalise par la "non-obtention". La "sagesse" est ce qui obtient, l'"obtention" est ce qui est obtenu ; dans la Prajñā, ce qui obtient et ce qui est obtenu sont tous deux inobtenables, c'est cela la véritable réalisation.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 528), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 2 : "S'il y a quelque chose à obtenir, ce n'est pas la Prajñāpāramitā ; s'il n'y a rien à obtenir, c'est la Prajñāpāramitā. Celui qui a quelque chose à obtenir n'a ni obtention, ni réalisation directe (现观, xiàn guān), ni Éveil suprême, complet et parfait ; s'il n'y a rien à obtenir, c'est cela l'obtention, c'est cela la réalisation directe, c'est cela l'Éveil suprême, complet et parfait." (Oppose très clairement l'"obtention" à la Prajñā et à la réalisation, et identifie la "non-obtention" à la Prajñā et à la réalisation. "Pas de sagesse ni d'obtention" signifie demeurer dans cet état de "non-obtention".)
- Concernant "car il n'y a rien à obtenir" (以无所得故, yǐ wú suǒdé gù) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 528), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 2 : "Subhūti ! Les Bodhisattvas Mahāsattvas devraient pratiquer la Prajñāpāramitā très profonde de la non-obtention. Subhūti ! Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent la Prajñāpāramitā très profonde de la non-obtention, ils n'obtiennent pas la Pāramitā de la générosité, ni le donateur, le receveur, l'objet donné et les rétributions ; ils n'obtiennent pas la Pāramitā de la discipline éthique, ni le respect ou la violation des préceptes... ils n'obtiennent pas la Prajñāpāramitā, ni la stupidité ou la sagesse ; ... jusqu'à ce qu'ils n'obtiennent pas l'omniscience, la connaissance des aspects du chemin, la connaissance de tous les aspects, ni le Tathāgata, Arhat, Pleinement Éveillé, ni l'être ordinaire, le Śrāvaka, le Pratyekabuddha, le Bodhisattva, le Bouddha, ni le Nirvāṇa." (Expose systématiquement l'application de la "non-obtention" dans la pratique des six Pāramitās jusqu'à la réalisation du fruit : tous les phénomènes sont inobtenables.)
- Explication doctrinale :
- Les Quatre Nobles Vérités sont le fondement du Dharma bouddhique, mais la Prajñā doit transcender l'attachement à leurs noms et aspects. Dans la vacuité ultime, la souffrance, l'origine, la cessation et le chemin sont également sans nature propre.
- "Pas de sagesse ni d'obtention" détruit l'attachement à l'opposition sujet-objet dans la pratique. Penser qu'il existe une sagesse réelle capable de réaliser un fruit réel relève encore de l'esprit discriminatoire. La réalisation de la Prajñā transcende le sujet et l'objet, c'est une "obtention sans obtention".
- "Car il n'y a rien à obtenir" est la touche finale (画龙点睛, huà lóng diǎn jīng) de la pensée Prajñā. Parce que la nature des phénomènes est fondamentalement vide, complètement inobtenable, les agrégats, bases, éléments sont vides, la production conditionnée est vide, les Quatre Vérités sont vides, et même la sagesse qui réalise et le fruit réalisé sont, dans la vérité ultime, sans nature propre obtenable. Seule la demeure dans la vue juste de la "non-obtention" permet de véritablement intégrer la vacuité, de détruire tout attachement et de parfaire la Prajñā.
Sūtra du Cœur - Canevas 8 : 【Les Bodhisattvas, en s'appuyant sur la Prajñāpāramitā, ont l'esprit sans entrave. Sans entrave, donc sans peur. Éloignés des vues erronées et des illusions oniriques, [ils atteignent] finalement le Nirvāṇa.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Indique que les Bodhisattvas (菩提萨埵, Pútísàduǒ), en s'appuyant sur la pratique de la Prajñāpāramitā, peuvent atteindre un état où leur esprit est sans attachement ni préoccupation (心无挂碍, xīn wú guà'ài), et par conséquent sans peur ni anxiété (无有恐怖, wú yǒu kǒngbù), éloignés de toutes les vues erronées (颠倒, diāndǎo) et des distinctions illusoires (梦想, mèngxiǎng), pour finalement réaliser l'état de libération complète du Nirvāṇa (究竟涅槃, jiūjìng nièpán).
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Concernant "en s'appuyant sur la Prajñāpāramitā" (依般若波罗蜜多故, yī bōrě bōluómìduō gù) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Si un Bodhisattva Mahāsattva s'éloigne des moyens habiles (方便善巧, fāngbiàn shànqiǎo) de la Prajñāpāramitā, même s'il peut se rapprocher des Bouddhas, leur faire des offrandes, planter auprès d'eux diverses racines de bien, ou pratiquer pendant de nombreux kalpas la générosité, la discipline éthique pure, la patience, l'effort et la concentration méditative, il ne pourra toujours pas obtenir l'omniscience." (Explique a contrario que sans la Prajñā, même en pratiquant d'autres actes méritoires, on ne peut atteindre la Bouddhéité, soulignant l'importance de "s'appuyer sur la Prajñā".)
- Concernant "l'esprit sans entrave" (心无挂碍, xīn wú guà'ài) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent profondément la Prajñāpāramitā, ils ne voient aucun phénomène dont il faudrait s'éloigner, ni aucun phénomène dont il faudrait se rapprocher, car la nature et les caractéristiques de tous les phénomènes sont toutes vides." (Comprendre que tous les phénomènes sont vides, sans rien à prendre ou à rejeter, conduit naturellement à un esprit sans entrave.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Ce Bodhisattva Mahāsattva, concernant tous les phénomènes, qu'ils soient conditionnés (有为, yǒuwéi) ou inconditionnés (无为, wúwéi), n'a aucun attachement. Pourquoi ? Ce Bodhisattva Mahāsattva sait que tous les phénomènes sont ultimement vides, totalement dépourvus d'entité substantielle à laquelle s'attacher." (L'absence d'attachement est précisément l'absence d'entrave.)
- Concernant "sans entrave, donc sans peur" (无挂碍故,无有恐怖, wú guà'ài gù, wú yǒu kǒngbù) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Si un Bodhisattva Mahāsattva pratique profondément la Prajñāpāramitā, tous les démons, les armées démoniaques, les personnes arrogantes et tous les hérétiques ne peuvent le détruire... Ainsi, Subhūti ! Les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquant profondément la Prajñāpāramitā, tous les humains et non-humains du monde ne peuvent leur nuire ni leur inspirer la terreur." (La Prajñā a un pouvoir protecteur ; l'esprit du pratiquant est stable, l'extérieur ne peut l'atteindre, il est donc naturellement sans peur.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 538), Dixième Partie, Chapitre sur la Transmission, Section 6 : Le Bouddha dit à Ānanda : "Ces bons fils et bonnes filles, en entendant le sūtra très profond de la Prajñāpāramitā, voient toutes leurs peurs et craintes se dissiper." (Indique directement qu'entendre et pratiquer la Prajñā élimine la peur.)
- Concernant "éloignés des vues erronées et des illusions oniriques" (远离颠倒梦想, yuǎnlí diāndǎo mèngxiǎng) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Les catégories d'êtres sensibles, par saisie erronée et illusoire (颠倒妄执, diāndǎo wàngzhí), ignorent et ne voient pas cette Ainsi-té. Les Bodhisattvas Mahāsattvas, pour leur bienfait, révèlent les phénomènes selon les apparences conventionnelles (随世俗相, suí shìsú xiāng), désirant les libérer du cycle des naissances et morts." (Le Bodhisattva lui-même est déjà éloigné des vues erronées pour pouvoir aider les êtres à s'en éloigner. Les "vues erronées" (颠倒) se réfèrent aux conceptions erronées comme considérer l'impermanent comme permanent, le douloureux comme heureux, le non-soi comme soi, l'impur comme pur.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Quand les Bodhisattvas Mahāsattvas pratiquent profondément la Prajñāpāramitā, ils devraient pratiquer la Prajñāpāramitā très profonde sans prolifération conceptuelle (无戏论, wú xìlùn)... La prolifération conceptuelle est la racine des naissances et des morts." ("Prolifération conceptuelle" (戏论, xìlùn) désigne les distinctions illusoires, similaires aux vues erronées et illusions oniriques. S'éloigner de la prolifération conceptuelle, c'est s'éloigner des vues erronées et des illusions oniriques.)
- Concernant "finalement le Nirvāṇa" (究竟涅槃, jiūjìng nièpán) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Grâce à cette Prajñāpāramitā, les Śrāvakas, les Pratyekabuddhas, les Bodhisattvas et les Tathāgatas peuvent atteindre l'autre rive. Ayant atteint l'autre rive, ils peuvent éliminer définitivement toutes les afflictions ainsi que leurs traces latentes, et réaliser le Nirvāṇa final, permanent et bienheureux." (Indique clairement qu'en s'appuyant sur la Prajñā, on peut réaliser le "Nirvāṇa final, permanent et bienheureux", c'est-à-dire le Nirvāṇa ultime.)
- Explication doctrinale :
- Ce passage décrit la fonction pratique et l'accomplissement de la sagesse Prajñā dans la pratique du Bodhisattva.
- "L'esprit sans entrave" est la cause, provenant de la destruction par la Prajñā de l'attachement au soi (saisie du soi, 我执) et de l'attachement aux phénomènes (saisie des phénomènes, 法执).
- "Sans peur" est le résultat ; comme l'esprit n'a plus d'objet d'attachement, la source de la peur de perdre ou d'être blessé disparaît.
- "Éloignés des vues erronées et des illusions oniriques" signifie que la sagesse Prajñā permet de discerner la réalité véritable des phénomènes, détruisant toutes les perceptions erronées et imaginations illusoires basées sur l'ignorance.
- "Finalement le Nirvāṇa" est le but ultime, signifiant l'extinction complète des afflictions et la transcendance du cycle des naissances et morts grâce à la sagesse Prajñā, pour atteindre l'état de libération le plus parfait. Pour le Bodhisattva du Mahāyāna, ce Nirvāṇa est le "Nirvāṇa sans demeure" (无住涅槃, wú zhù nièpán), ne demeurant ni dans le saṃsāra ni dans le Nirvāṇa, opérant par l'union de la compassion et de la sagesse (悲智双运, bēi zhì shuāngyùn).
Sūtra du Cœur - Canevas 9 : 【Tous les Bouddhas des trois temps, en s'appuyant sur la Prajñāpāramitā, obtiennent l'Anuttarā Samyaksaṃbodhi.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Non seulement les Bodhisattvas, mais aussi tous les Bouddhas du passé, du présent et du futur (三世诸佛, sānshì zhū fó), c'est également en s'appuyant sur la pratique de la Prajñāpāramitā qu'ils ont pu réaliser l'Éveil suprême, complet et parfait (阿耨多罗三藐三菩提, Anuttarā Samyaksaṃbodhi), c'est-à-dire le fruit de la Bouddhéité parfaite.
- Souligne que la Prajñāpāramitā est la voie fondamentale et indispensable pour atteindre la Bouddhéité.
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Subhūti ! La Prajñāpāramitā très profonde peut engendrer tous les Bouddhas, elle est la mère de tous les Bouddhas (诸佛母, zhū fó mǔ) ; elle peut révéler au monde la réalité véritable de tous les phénomènes, elle est appelée la voie suprême." (Appelle directement la Prajñā la "Mère de tous les Bouddhas", indiquant que les Bouddhas naissent de la Prajñā.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : "Les Bouddhas du passé, du futur et du présent, il en est de même pour eux : tous, en s'appuyant sur la Prajñāpāramitā et la non-obtention, réalisent l'Éveil suprême, complet et parfait." (En expliquant "obtenir sans obtenir", mentionne clairement que les Bouddhas des trois temps réalisent tous la Bodhi "en s'appuyant sur la Prajñāpāramitā et la non-obtention", ce qui correspond étroitement à cette phrase du Sūtra du Cœur.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 528), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 2 : "Le Bouddha dit : Subhūti ! Quand j'étudiais originellement la voie du Bodhisattva, je pratiquais la Pāramitā de la générosité jusqu'à la Pāramitā de la sagesse (Prajñāpāramitā). Utilisant la non-obtention comme moyen habile, sans m'attacher à aucun phénomène, par la sagesse merveilleuse correspondant en un instant (一刹那相应妙慧, yī chànà xiāngyìng miàohuì), j'ai réalisé l'Éveil suprême, complet et parfait." (Le Bouddha Śākyamuni raconte sa propre expérience de l'atteinte de la Bouddhéité, indiquant clairement que c'est par la pratique des six Pāramitās, en particulier la Pāramitā de la Prajñā (manifestée comme non-obtention, non-attachement, sagesse merveilleuse instantanée), qu'il a réalisé la Bodhi suprême.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 575), Onzième Partie, Chapitre sur le Sens Profond, Section 16 : "Tous les Bouddhas Bhagavāns des trois temps s'appuient tous sur le Dharma merveilleux et très profond de la Prajñāpāramitā pour réaliser l'Éveil suprême, complet et parfait, tourner la roue merveilleuse du Dharma et libérer les multitudes d'êtres sensibles." (Souligne à nouveau que tous les Bouddhas des trois temps réalisent la Bodhi en s'appuyant sur la Prajñā.)
- Explication doctrinale :
- Cette phrase élève le statut de la Prajñāpāramitā au plus haut niveau : elle n'est pas seulement au cœur de la pratique du Bodhisattva, mais elle est le seul support pour atteindre le fruit de la Bouddhéité.
- "Anuttarā Samyaksaṃbodhi" est la sagesse parfaite et l'état d'éveil réalisé par le Bouddha. Réaliser cet état signifie comprendre complètement la réalité véritable de tous les phénomènes, éliminer définitivement toutes les afflictions et traces latentes, et posséder des qualités et capacités infinies.
- La Prajñā peut mener à la Bouddhéité car elle détruit fondamentalement l'ignorance, la saisie du soi et la saisie des phénomènes qui font obstacle à la réalisation, révélant ainsi la nature de Bouddha (佛性, fóxìng) inhérente à tous les êtres. Sans la sagesse vide de la Prajñā, aucune autre pratique ne peut conduire au fruit ultime de la Bouddhéité.
Sūtra du Cœur - Canevas 10 : 【Sache donc que la Prajñāpāramitā est le grand mantra divin, le grand mantra lumineux, le mantra insurpassable, le mantra sans égal, qui peut éliminer toute souffrance, et qui est vrai et non illusoire.】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Résume les qualités exceptionnelles de la Prajñāpāramitā, la comparant à un mantra (咒, zhòu) possédant un pouvoir et une efficacité inconcevables.
- "Grand mantra divin" (大神咒, dà shén zhòu) : Possède une immense puissance, capable de subjuguer tous les obstacles.
- "Grand mantra lumineux" (大明咒, dà míng zhòu) : Possède une immense clarté, capable de dissiper toute l'obscurité de l'ignorance.
- "Mantra insurpassable" (无上咒, wúshàng zhòu) : Est la voie la plus élevée, la plus exceptionnelle, rien ne peut la dépasser.
- "Mantra sans égal" (无等等咒, wú děngděng zhòu) : Est la voie unique, incomparable.
- Elle peut réellement et sans faillir éliminer complètement toutes les souffrances du cycle des naissances et morts.
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Concernant "grand mantra divin" (puissance) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : (Rappel) "Si un Bodhisattva Mahāsattva pratique profondément la Prajñāpāramitā, tous les démons, les armées démoniaques, les personnes arrogantes et tous les hérétiques ne peuvent le détruire ; toutes les afflictions du monde telles que l'avidité, la haine, l'ignorance, etc., ne peuvent l'ébranler." (Montre sa grande puissance à subjuguer les obstacles internes et externes.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 578), Douzième Partie, Chapitre Sans Égal, Section 1 : (La Prajñā permet au Bodhisattva) "de réaliser rapidement l'omniscience, de pouvoir arracher d'innombrables êtres sensibles pour les libérer de la grande souffrance des naissances et morts et leur faire obtenir la joie du Nirvāṇa." (Possède l'immense pouvoir divin de réaliser rapidement le fruit et de libérer largement les êtres.)
- Concernant "grand mantra lumineux" (clarté) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : (Rappel) "Peut révéler au monde la réalité véritable de tous les phénomènes, elle est appelée la voie suprême." (La Prajñā peut révéler la réalité véritable des phénomènes telle qu'elle est, comme une lampe brillante dissipant l'obscurité.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 574), Onzième Partie, Chapitre sur la Non-Obtention, Section 15 : "Cette véritable Prajñāpāramitā peut illuminer (照, zhào) tous les phénomènes comme étant ultimement vides, sans caractéristiques, sans souhaits, sans naissance, sans extinction, sans souillure, sans pureté, semblables à l'espace vide, insaisissables et auxquels on ne peut s'attacher." (Utilise directement le verbe "illuminer" (照) pour décrire l'action de la Prajñā.)
- Concernant "mantra insurpassable" (suprématie) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : (Rappel) "Grâce à cette Prajñāpāramitā... le Tathāgata peut atteindre l'autre rive... réaliser le Nirvāṇa final, permanent et bienheureux." (Pouvant conduire au fruit de la Bouddhéité et au Nirvāṇa ultime, elle est naturellement insurpassable.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 402), Deuxième Partie, Chapitre Introductif, Section 1 : "Le Bouddha dit à Śāriputra : 'La Prajñāpāramitā pratiquée par les Bodhisattvas Mahāsattvas, sache qu'elle est précisément la Bodhi insurpassable.'" (Identifie directement la Prajñā à la Bodhi insurpassable.)
- Concernant "mantra sans égal" (incomparable) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 578), Douzième Partie, Chapitre Sans Égal, Section 1 : (Le titre du chapitre est "Chapitre Sans Égal") "À ce moment, le Bienheureux dit à Śāriputra : 'Si un Bodhisattva Mahāsattva désire réaliser l'Éveil suprême, complet et parfait, il doit étudier la Prajñāpāramitā. Śāriputra ! Ce Dharma que les Bodhisattvas Mahāsattvas doivent étudier n'a pas d'égal, c'est pourquoi il est appelé sans égal (无等等, wú děngděng).'" (Explique directement le sens de "sans égal" : il n'y a pas de Dharma qui puisse lui être égal ou comparable.)
- Concernant "peut éliminer toute souffrance, vrai et non illusoire" (能除一切苦,真实不虚, néng chú yīqiè kǔ, zhēnshí bù xū) :
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : (Rappel) "Désirant les libérer des souffrances infinies des naissances et morts dans les trois mondes et leur faire réaliser le Nirvāṇa final, permanent et bienheureux." (Confirme clairement son efficacité à éliminer la souffrance.)
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 527), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 2, Partie 1 : "Si l'on pratique la Prajñāpāramitā, on pratique alors le sens réel de la nature et des caractéristiques de tous les phénomènes. Si l'on pratique le sens réel de la nature et des caractéristiques de tous les phénomènes, c'est alors pour connaître l'Ainsi-té des phénomènes, le Royaume des Dharmas, la Nature des Dharmas, la nature non-illusoire (不虚妄性, bù xūwàng xìng), la nature immuable, la nature d'égalité, la nature séparée de la naissance, la détermination des dharmas, la demeure des dharmas, la réalité ultime." (Souligne le lien entre la Prajñā et la "vérité", la "nature non-illusoire".)
- Explication doctrinale :
- Ce passage est une louange exaltée de la valeur et de la fonction de la Prajñāpāramitā. "Mantra" (咒) ici ne désigne pas spécifiquement des syllabes sonores (bien qu'il y ait un mantra à la fin), mais prend le sens de "vraie parole" (真言, zhēnyán), "ce qui retient tout" (总持, zǒngchí - dhāraṇī : retient tous les dharmas, contient d'innombrables sens), "clarté" (明, míng : dissipe l'obscurité), "divin/puissant" (神, shén : pouvoir), pour métaphoriser la fonction inconcevable de la sagesse Prajñā.
- Grand divin, grand lumineux, insurpassable, sans égal : ces termes louent la perfection et l'excellence de la Prajñā sous quatre aspects : puissance, sagesse, statut et unicité.
- "Peut éliminer toute souffrance, vrai et non illusoire" est l'affirmation finale de son efficacité. La sagesse Prajñā, en révélant la réalité de la vacuité, démantèle fondamentalement la racine de la production de la souffrance (l'attachement) ; son effet libérateur est réel, fiable et certain.
Sūtra du Cœur - Canevas 11 : 【C'est pourquoi est énoncé le mantra de la Prajñāpāramitā. Le mantra est énoncé ainsi : Gate Gate Pāragate Pārasaṃgate Bodhi Svāhā. (揭谛揭谛,波罗揭谛。波罗僧揭谛,菩提萨婆诃。)】
- Signification de la phrase du Sūtra du Cœur :
- Parce que la Prajñāpāramitā possède les mérites et pouvoirs infinis décrits ci-dessus, un mantra à réciter est finalement donné, servant de symbole condensé de la porte du Dharma de la Prajñā et de moyen pratique.
- Traduction approximative du mantra : Va ! Va ! Va vers l'autre rive ! Allez tous ensemble vers l'autre rive ! Ô Éveil ! Accomplissement parfait !
- Passages associés du Mahāprajñāpāramitā Sūtra :
- Le Mahāprajñāpāramitā Sūtra lui-même, étant volumineux, est une explication détaillée des principes de la Prajñā et ne se termine généralement pas par un mantra condensé distinct. Cependant, tout le contenu du Mahāprajñāpāramitā Sūtra constitue une explication vaste du sens de ce mantra.
- Gate (揭谛 - Va, dépasse) : Correspond aux innombrables enseignements du Mahāprajñāpāramitā Sūtra sur "s'éloigner" de l'attachement, "dépasser" les états de l'être ordinaire et des deux véhicules, "traverser" l'océan de souffrance des naissances et morts.
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 578), Douzième Partie, Chapitre Sans Égal, Section 1 : "Dépasser tous les Śrāvakas et Pratyekabuddhas, entrer dans la nature correcte du Bodhisattva, séparé de la naissance [ordinaire]." ("Dépasser", "entrer" correspondent au sens de "Gate".)
- Pāragate (波罗揭谛 - Va vers l'autre rive) : Correspond directement au sens central de "Pāramitā" (波罗蜜多).
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : (Rappel) "Grâce à cette Prajñāpāramitā, les Śrāvakas, les Pratyekabuddhas, les Bodhisattvas et les Tathāgatas peuvent atteindre l'autre rive..." ("Atteindre l'autre rive" correspond à "Pāragate".)
- Pārasaṃgate (波罗僧揭谛 - Va complètement / ensemble vers l'autre rive) : Incarne l'esprit du Mahāyāna du bénéfice pour soi et pour les autres, de la libération universelle des êtres sensibles.
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : (Rappel) "Les Bodhisattvas Mahāsattvas... pour les êtres sensibles, recherchent l'Éveil suprême, complet et parfait, désirant les libérer des souffrances infinies des naissances et morts dans les trois mondes..." ("Pour les êtres sensibles", "les libérer" incarne l'aspect "Saṃ" (僧 - ensemble).)
- "Saṃ" (僧) a aussi le sens de "complètement, entièrement", correspondant à la libération "ultime" (究竟, jiūjìng) de la Prajñā.
- Bodhi (菩提 - Éveil) : Le but ultime de la Prajñā.
- Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Fascicule 526), Dixième Partie, Chapitre sur Subhūti, Section 1 : (Rappel) "Réaliser l'Éveil suprême, complet et parfait."
- Svāhā (萨婆诃 - Accomplissement parfait) : Souhait et affirmation à la fin du mantra.
- Toute la prédication du Mahāprajñāpāramitā Sūtra vise à ce que les êtres puissent finalement accomplir parfaitement la voie de la Bouddhéité.
- Explication doctrinale :
- Le mantra à la fin du Sūtra du Cœur peut être vu comme un résumé extrêmement concis du chemin de pratique et du but de la porte du Dharma de la Prajñā. Ce n'est pas seulement une conclusion de la théorie de la Prajñā, mais aussi une guidance pratique et une bénédiction de pouvoir.
- Réciter ce mantra peut être compris comme faire le vœu : Puissé-je (et tous les êtres) dépasser cette rive de l'attachement aux afflictions (Gate), atteindre l'autre rive de la sagesse et de la libération (Pāragate), puissent tous les êtres atteindre ensemble l'autre rive ultime et parfaite (Pārasaṃgate), et réaliser finalement l'Éveil suprême, complet et parfait (Bodhi Svāhā) !
- Bien que le corps principal du Mahāprajñāpāramitā Sūtra soit une explication doctrinale, la porte du Dharma de la Prajñā elle-même souligne l'unité de la Prajñā textuelle (文字般若, wénzì bōrě), de la Prajñā contemplative (观照般若, guānzhào bōrě) et de la Prajñā de la réalité ultime (实相般若, shíxiāng bōrě). Le mantra peut servir de moyen habile pour aider le pratiquant à se remémorer les principes de la Prajñā, à concentrer son esprit et à correspondre à la vacuité de la Prajñā.
Résumé :
En comparant phrase par phrase le Sūtra du Cœur avec les passages scripturaires complets pertinents du Mahāprajñāpāramitā Sūtra, nous pouvons clairement observer :
- Haute cohérence : Les idées centrales du Sūtra du Cœur, telles que la vacuité des cinq agrégats, la non-dualité de la forme et de la vacuité, la caractéristique de vacuité de tous les phénomènes, la non-obtention, les mérites de la Prajñā, la réalisation de la Bodhi par la Prajñā, etc., trouvent toutes dans le Mahāprajñāpāramitā Sūtra des explications et argumentations détaillées, répétées et profondes. Le Sūtra du Cœur est bien une condensation et une quintessence de haut niveau du Mahāprajñāpāramitā Sūtra.
- Complémentarité entre exposé large et concis : Le Sūtra du Cœur est concis et va droit au but. Le Mahāprajñāpāramitā Sūtra, quant à lui, cite largement, débat de manière répétée, fournissant pour chaque phrase du Sūtra du Cœur un arrière-plan riche, des arguments et des détails, ce qui nous aide à comprendre plus profondément et précisément les paroles subtiles et le sens profond (微言大义, wēiyán dàyì) du Sūtra du Cœur.
- Le cœur de la Prajñā : Le cœur commun aux deux sūtras est la "Prajñāpāramitā" – la sagesse qui pénètre la vacuité fondamentale de la nature propre de tous les phénomènes, ainsi que le chemin de pratique basé sur cette sagesse pour détruire l'attachement, traverser toutes les souffrances et calamités, et finalement atteindre la Bodhi insurpassable. La clé réside dans la vue et la pratique de la "non-obtention" (无所得, wú suǒdé).
Cette étude comparative nous aide à éviter les interprétations littérales erronées (望文生义, wàngwén shēngyì) ou les malentendus du Sūtra du Cœur, et permet d'expérimenter plus profondément les aspects extrêmement profonds et subtils (甚深微妙之处, shènshēn wēimiào zhī chù) de la porte du Dharma de la Prajñā.