Absolument. Voici la traduction en français du texte détaillé sur les Quatre Vertus (常乐我净 - Cháng Lè Wǒ Jìng) :
« Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » (常乐我净) : Le Royaume Parfait des Quatre Vertus du Tathāgata et la Guideline pour la Pratique
« Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » (常乐我净 - Cháng Lè Wǒ Jìng), en tant que concept central des enseignements du Bouddhisme Mahāyāna, décrit les quatre mérites fondamentaux de l'état ultime de Nirvana du Bouddha (Tathāgata) ainsi que la nature de Bouddha inhérente à tous les êtres sensibles. Ces quatre vertus sont respectivement : 常 (Cháng - Permanence/Éternité, demeurant immuable), 乐 (Lè - Félicité, suprême bien-être), 我 (Wǒ - Soi/Soi véritable, liberté du Soi authentique), 净 (Jìng - Pureté, pureté sans souillure). Elles proviennent de sūtras Mahāyāna fondamentaux tels que le Mahāparinirvāṇa Sūtra, et sont collectivement désignées comme les « Quatre Vertus du Nirvana » ou les « Quatre Vertus du Dharmakāya du Tathāgata ». Ensemble, elles révèlent la réalité parfaite de l'état du Dharmakāya du Bouddha, constituant l'objectif ultime de la pratique bouddhiste et le potentiel inhérent à tous les êtres.
Cette analyse vise à fournir une explication complète, approfondie et systématique sous divers angles : origine, définition, relations internes, opposition aux quatre vues inversées (四颠倒 - Sì Diāndǎo), relation avec la nature de Bouddha/la Vacuité/la Voie du Milieu, classification et stratification, lien avec d'autres doctrines, pratique de la cultivation, etc. L'analyse intégrera le contenu de classiques tels que le Mahāparinirvāṇa Sūtra, le Sūtra de la Base Incomparable (佛说无上依经 - Anuttarāśraya Sūtra), le Sūtra du Samādhi Adamantin (金刚三昧经 - Vajrasamādhi Sūtra), le Sūtra Inconcevable du Grand Véhicule (大方等无想经 - Mahāvaipulya-acintya-sūtra), le Sūtra de la Contemplation du Fondement Mental dans le Mahāyāna (大乘本生心地观经), le Sūtra du Roi du Grand Kalpa aux Mille Bras et Mille Coupes de Mañjuśrī de l'Océan de la Nature Adamantine du Yoga Mahāyāna (大乘瑜伽金刚性海曼殊室利千臂千钵大教王经), etc., en les combinant avec l'ensemble de la doctrine du Bouddhisme Mahāyāna, afin de présenter aux lecteurs une image logiquement claire et riche en contenu de la « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté ».
I. Introduction : Origine, Position Centrale et Signification Globale de la Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté
L'introduction des quatre vertus « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » revêt une importance historique majeure dans l'histoire de la pensée bouddhiste, étant exposée de la manière la plus systématique et faisant le plus autorité dans le Mahāparinirvāṇa Sūtra. Au moment où le Bouddha s'apprêtait à manifester le Parinirvana, il révéla cela comme un « enseignement secret » (秘密教法), visant à réfuter les compréhensions potentiellement erronées (telles que la vue nihiliste ou d'annihilation - 断灭见, 虚无见) que les pratiquants des deux véhicules (Śrāvaka et Pratyekabuddha - 二乘行人) ainsi que les êtres ordinaires (凡夫) pourraient avoir concernant l'« impermanence, la souffrance, le non-soi, l'impureté », ainsi que les vues inversées des êtres ordinaires sur le monde comme étant « permanent, heureux, soi, pur » (quatre vues inversées - 四颠倒), afin de révéler les mérites authentiques, positifs et parfaits de l'état de Nirvana.
Sources Principales et Position Centrale :
- Le Mahāparinirvāṇa Sūtra : C'est le classique le plus important pour exposer la « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté ». Le sūtra souligne à plusieurs reprises que le Nirvana est permanent, félicité, soi et pur, que le Dharmakāya du Tathāgata demeure éternellement indestructible, et que la nature de Bouddha est présente en tous les êtres. Par exemple, le Volume 2 indique clairement : « Le non-soi est appelé Saṃsāra, le Soi est appelé le Tathāgata ; l'impermanence concerne les Śrāvakas et Pratyekabuddhas, la Permanence est le Dharmakāya du Tathāgata ; la souffrance concerne toutes les voies extérieures (non-bouddhistes), la Félicité est précisément le Nirvana ; l'impureté concerne les phénomènes conditionnés (有为法), la Pureté est le Dharma correct possédé par tous les Bouddhas et Bodhisattvas ; cela est appelé non-inversé. » Ceci relie directement les quatre vertus aux catégories suprêmes telles que le Tathāgata, le Dharmakāya, le Nirvana et le Dharma correct, soulignant que l'état de libération ultime du Bouddha n'est pas simplement une « extinction » (灭度), mais le corps originel du Dharmadhātu (sphère de la réalité) éternellement demeurant.
- Le Sūtra de la Base Incomparable (Anuttarāśraya Sūtra) : Il nomme explicitement ces quatre vertus les « Quatre Vertus-Pāramitās du Dharmakāya du Tathāgata », à savoir « Pāramitā de la Demeure Permanente (常住波罗蜜), Pāramitā de la Félicité (安乐波罗蜜), Pāramitā du Soi Véritable (真我波罗蜜), Pāramitā de la Pureté (清净波罗蜜) », soulignant leur nature de mérites ultimes permettant d'atteindre l'autre rive.
- Autres Classiques : Par exemple, le Vajrasamādhi Sūtra dit : « Ce Dharma est la vraie vacuité, Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté. Il transcende les deux 'soi' (personnel et phénoménal), c'est le grand Parinirvana. » ; Le Sūtra de la Contemplation du Fondement Mental dans le Mahāyāna décrit comment les Bodhisattvas, voyant la lumière du Bouddha, « font tous le grand vœu de réaliser la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté du Tathāgata » ; Le Mahāvaipulya-acintya-sūtra discute également comment, après avoir atteint le samādhi, on peut voir la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté du Tathāgata ; Le Sūtra du Roi du Grand Kalpa aux Mille Bras et Mille Coupes de Mañjuśrī de l'Océan de la Nature Adamantine du Yoga Mahāyāna, etc., mentionnent également que la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté sont les vertus du Dharmakāya du Bouddha. Ces écritures ont collectivement établi la position centrale de la « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » dans la description de l'état de Bouddhéité et de l'essence de la nature de Bouddha.
Signification Globale :
- Révéler la Réalité du Nirvana : Les quatre vertus sont la véritable nature essentielle du Nirvana, décrivant l'état parfait après la libération complète, transcendant toutes les limitations du cycle de vie et de mort, de l'alternance de la souffrance et de la joie, de l'illusion et de l'irréalité, de la souillure et de l'impureté du monde.
- Affirmer la Nature de Bouddha Inhérente : Le Bouddhisme Mahāyāna enseigne que tous les êtres sensibles possèdent la nature de Bouddha, et cette nature de Bouddha est précisément la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté. Cela donne à tous les êtres la possibilité et le fondement intrinsèque d'atteindre finalement la Bouddhéité.
- Indiquer le But de la Pratique : La Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté constituent l'objectif ultime pour les pratiquants, en particulier ceux qui suivent la voie du Bodhisattva. Par la pratique, il s'agit d'éliminer les afflictions, de manifester la nature de Bouddha, et finalement de réaliser l'état de Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté, identique à celui du Bouddha.
- Réfuter les Préjugés et les Attachements Erronés : Elles réfutent à la fois les « quatre vues inversées » des êtres ordinaires qui s'attachent au monde comme étant permanent, heureux, soi et pur, et corrigent également l'écueil possible de certains pratiquants qui s'attacheraient à l'« impermanence, la souffrance, le non-soi, l'impureté » et pourraient ainsi tomber dans un nihilisme ou un pessimisme. Elles incarnent la perfection ultime qui transcende les oppositions dualistes (comme l'être/le non-être, la naissance/la mort).
- Souligner la Permanence du Bouddha : Le cœur est de révéler l'« indestructibilité éternelle » (常住不灭) du Bouddha. Le Bouddha ne disparaît pas après son entrée en Parinirvana, mais demeure éternellement dans le Dharmadhātu pour le bien des êtres.
II. Définitions et Sens Profond des Quatre Vertus : Explication Détaillée
Les quatre vertus « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » ne sont pas isolées mais décrivent quatre aspects inséparables de la même réalité ultime (Nirvana, Dharmakāya, Nature de Bouddha). Voici une explication détaillée de leurs définitions, théories, états expérientiels et implications pratiques :
1. 常 (Cháng - Permanence / Éternité / 常住波罗蜜 - Pāramitā de la Demeure Permanente)
- Définition : Désigne l'éternité, l'immuabilité, la non-naissance et la non-mort du Dharmakāya du Tathāgata, du Nirvana et de la Nature de Bouddha. Elle transcende le temps (n'étant ni passé, ni présent, ni futur), l'espace (sans venue ni départ), et dépasse la production, la cessation, le flux et le conditionnement causal de tous les phénomènes conditionnés (有为法 - saṃskṛta-dharma).
- Niveau Théorique : La vertu de Permanence provient de la nature originelle du Dharmadhātu et de la Nature de Bouddha. Cette « Permanence » n'est pas la « vue éternaliste » (常见 - śāśvata-dṛṣṭi) à laquelle s'attachent les êtres ordinaires (par exemple, croire en un soi ou un monde éternel et immuable), mais la véritable permanence manifestée sur la base de la vacuité ultime (毕竟空 - atyanta-śūnyatā, c'est-à-dire sans nature propre). C'est l'état tel quel du Dharmadhātu, indépendant des conditions, comme l'espace vide, sans naissance ni mort.
- Niveau Expérientiel : Dans l'état du Bouddha, la « Permanence » signifie que le Dharmakāya demeure éternellement dans le monde, ne disparaissant pas après le Parinirvana. Le Mahāparinirvāṇa Sūtra souligne que « le Tathāgata n'entre pas en Nirvana », mais demeure éternellement dans le Dharmadhātu pour le bien des êtres. Les Bodhisattvas, par la pratique, peuvent réaliser partiellement le Dharmakāya (分证 - réalisation partielle) et expérimenter progressivement cette permanence, comme un Bodhisattva de la première terre (bhūmi) qui voit une partie de la permanence, jusqu'à la réalisation complète à l'état de Bouddha.
- Niveau Pratique : Les pratiquants, en contemplant l'« impermanence » (无常 - anitya) de tous les phénomènes mondains, brisent l'attachement aux phénomènes de naissance et de mort. En particulier, par la pratique de méditations profondes (Samādhi) comme le Vajrasamādhi (金刚三昧), ils peuvent progressivement s'harmoniser avec la nature non-née et non-mourante du Dharma (法性 - dharmatā) et réaliser la vertu de Permanence. Le Bouddha enseigne aux êtres à « contempler la sagesse des douze liens de la coproduction conditionnée (十二因缘智) », afin de reconnaître la nature permanente du Dharmadhātu et ainsi s'éloigner des pensées de naissance et de mort dans la pratique quotidienne.
- Points Clés : Souligne l'éternité, la solidité, la non-conditionnalité et le caractère inconditionné de l'état suprême du Dharma. C'est le dépassement et la réponse ultime à l'observation que toutes les choses du monde sont « impermanentes ».
- Références scripturaires :
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 2 : « La Permanence est le Dharmakāya du Tathāgata. » « Le Tathāgata est permanent, un Dharma immuable, différent des êtres mondains, ordinaires et ignorants. »
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 14 : « La Nature de Bouddha est sans naissance, sans mort, sans départ, sans venue, ni passée, ni future, ni présente... c'est pourquoi elle est appelée permanente. Ô homme de bien ! La Nature de Bouddha est précisément le Tathāgata, le Tathāgata est précisément le Dharma, le Dharma est précisément permanent. » « L'espace vide est inconditionné (无为 - asaṃskṛta), c'est pourquoi il est permanent. La Nature de Bouddha est inconditionnée, c'est pourquoi elle est permanente. »
- Anuttarāśraya Sūtra : « Le Dharmakāya du Tathāgata est la demeure permanente suprême qu'il convient de cultiver. »
- Mahāvaipulya-acintya-sūtra, Vol. 6 : Décrit comment, après avoir atteint le samādhi, on peut voir la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté du Tathāgata, et utilise des analogies comme les grains donnant des fruits, les noyaux d'arbres donnant des fruits, la production d'huile, les trésors sortant de terre, et les serpents muant pour expliquer la « Permanence » qui émerge de l'impermanence.
2. 乐 (Lè - Félicité / 安乐波罗蜜 - Pāramitā de la Félicité)
- Définition : Désigne la félicité absolue, inconditionnelle et éternelle dans l'état de Nirvana, l'état après l'extinction complète de toute souffrance du Saṃsāra (苦苦 - souffrance de la souffrance, 坏苦 - souffrance du changement, 行苦 - souffrance omniprésente du conditionnement). Cette félicité transcende la joie relative du monde, qui dépend des stimuli sensoriels, est éphémère, transitoire et pleine de dangers latents.
- Niveau Théorique : La vertu de Félicité est le résultat inévitable de l'élimination de toutes les afflictions (惑 - kleśa) et forces karmiques (集 - samudaya), conduisant à l'extinction de tous les fruits de la souffrance (苦 - duḥkha). Cette félicité est étroitement liée à la « Permanence » ; le Dharmakāya permanent est naturellement exempt de la souffrance du changement et intrinsèquement heureux. C'est la joie tranquille basée sur la libération par la sagesse.
- Niveau Expérientiel : L'état du Bouddha est la « joie non fabriquée » (无作之乐), la « suprême et merveilleuse joie de l'extinction paisible » (上妙寂灭之乐) (Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 25), non déclenchée par des conditions extérieures, mais la joie parfaite inhérente à la nature même. Les Bodhisattvas, aux différentes étapes de leur pratique, à mesure que les afflictions diminuent et que la sagesse croît, expérimentent différents niveaux de joie du Dharma (法喜) et de félicité méditative (禅悦), jusqu'à atteindre, à l'état de Bouddha, la félicité ultime et parfaite du Nirvana.
- Niveau Pratique : Par la pratique des Quatre Incommensurables (四无量心 - catvāri apramāṇāni : 慈 Maitrī - amour bienveillant, 悲 Karuṇā - compassion, 喜 Muditā - joie sympathique, 舍 Upekṣā - équanimité), en particulier en cultivant la compassion pour tous les êtres ; en éliminant les racines des afflictions telles que l'avidité, la haine et l'illusion ; par la pratique de la méditation pour calmer la dispersion mentale ; par la contemplation de la « Vérité de la Souffrance » (苦谛 - duḥkha-satya) pour reconnaître profondément la nature du Saṃsāra et ainsi aspirer à la félicité du Nirvana, on peut finalement réaliser cette grande félicité immaculée (无漏 - anāsrava, sans afflictions). Le Mahāparinirvāṇa Sūtra enseigne que s'éloigner de la « perception de la souffrance » (苦想) et générer la « perception de la félicité » (乐想 - la reconnaissance de la vraie joie du Nirvana) est la clé pour réaliser la félicité.
- Points Clés : Souligne la quiétude, la paix et l'absence de souffrance du Nirvana. C'est le dépassement et la libération de la réalité que le monde est plein de « souffrance ».
- Références scripturaires :
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 2 : « La Félicité est précisément le Nirvana. » « La Félicité est précisément le Nirvana, doté des divers mérites authentiques de Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté. »
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 5 : « Éteindre toute souffrance et obtenir toute félicité... La véritable libération est précisément le Tathāgata. »
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 25 : « Bien que le Nirvana soit félicité, ce n'est pas une expérience de joie (受乐), mais la suprême et merveilleuse joie de l'extinction paisible. Les Bouddhas et Tathāgatas ont deux sortes de joie : premièrement, la joie de l'extinction paisible (寂灭乐), deuxièmement, la joie de la connaissance/éveil (觉知乐). »
- Anuttarāśraya Sūtra : « Le Dharmakāya du Tathāgata est la félicité suprême et merveilleuse qu'il convient de cultiver. »
- Mahāvaipulya-acintya-sūtra : Indique que les Bodhisattvas, après avoir réalisé la permanence et la félicité, laissent derrière eux les souffrances de l'avidité, de la haine et de l'illusion, et entrent dans la merveilleuse félicité du Nirvana.
3. 我 (Wǒ - Soi / Soi véritable / 真我波罗蜜 - Pāramitā du Soi Véritable)
- Définition : C'est le point des quatre vertus qui nécessite la compréhension la plus prudente. Ce « Soi » (我 - Wǒ, souvent traduit par 'Soi véritable' ou 'Soi authentique' pour le distinguer de l'ego) n'est en aucun cas le petit soi illusoire (小我) auquel s'attachent les êtres ordinaires en raison de l'assemblage impermanent des cinq agrégats (五蕴) (attachement à un soi personnel, 人我执 - pudgala-grāha ; attachement à un soi phénoménal, 法我执 - dharma-grāha), ni le soi divin réel et immuable (神我 - ātman au sens de la vue éternaliste) postulé par les non-bouddhistes (外道). Il se réfère plutôt aux vertus de liberté (自在 - svatantratā), réalité (真实性 - satyatā), subjectivité (主体性) et souveraineté sur tous les phénomènes (统摄万法) du Dharmakāya du Tathāgata. C'est le « Soi véritable » (真我) ou « Grand Soi » (大我) éternel, libre et sans entrave de l'état de Nirvana.
- Niveau Théorique : Ce « Soi véritable » est expliqué sur la base de la permanence (常) de la Nature de Bouddha, possédant les caractéristiques d'être indestructible et éternellement immuable. Il souligne la nature vraie et non-illusoire de la Nature de Bouddha et la souveraineté ultime (huit grandes libertés - 八大自在) du Nirvana. L'enseignement de ce « Soi véritable » vise à briser la vue nihiliste du « non-soi » (无我 - anātman) dans laquelle les pratiquants Śrāvaka pourraient tomber, révélant la vraie nature du Nirvana, tout en transcendant la « vue éternaliste » (常见) et l'attachement à l'ego (我执 - ātma-grāha) des non-bouddhistes.
- Niveau Expérientiel : La « vertu du Soi » (我德) du Bouddha se manifeste comme une grande liberté (大自在 - mahā-īśvaratā), sans entrave par rapport à tous les phénomènes (dharmas) et avec la capacité de gouverner tous les phénomènes. Les Bodhisattvas, qui par leur pratique brisent l'attachement à un soi personnel et à un soi phénoménal et réalisent le principe du « non-soi », ne tombent pas dans le nihilisme mais manifestent le « Soi véritable » plus vaste et plus réel du Dharmakāya.
- Niveau Pratique : Les pratiquants doivent d'abord, par la sagesse Prajñā, contempler le « non-soi » et briser l'attachement au corps comme assemblage impermanent des cinq agrégats. Cependant, le Mahāyāna souligne qu'après avoir brisé le soi illusoire, il faut, par une vision profonde de la Voie du Milieu (中道观慧), réaliser cet esprit véritable permanent (常住真心), le corps de la Nature de Bouddha, à savoir le « Soi véritable », sans tomber dans les extrêmes de l'« existence d'un soi » (有我 - vue des ordinaires/non-bouddhistes) ou de la « non-existence d'un soi » (无我 - au sens du nihilisme/annihilationnisme).
- Points Clés : Souligne la nature vraie et non-illusoire de la Nature de Bouddha, la liberté et l'absence d'entraves (Grande Liberté) du Nirvana, la subjectivité du Tathāgata. C'est un approfondissement et un perfectionnement de l'enseignement du « non-soi » pour les êtres ordinaires. Il utilise le « Soi véritable » pour réfuter la vue nihiliste concernant le « non-soi », mais n'est fondamentalement pas en contradiction avec le « non-soi » des sūtras Prajñāpāramitā, car les objets réfutés et établis sont différents.
- Références scripturaires :
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 2 : « Le non-soi est appelé Saṃsāra, le Soi est appelé le Tathāgata. »
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 5 : « On élimine seulement l'attachement (取着), pas la vue du soi (我见). La vue du soi est appelée Nature de Bouddha. La Nature de Bouddha est précisément la vraie libération. La vraie libération est précisément le Tathāgata. » (Ici, « vue du soi » se réfère à la vision du Soi véritable de la Nature de Bouddha, pas à l'attachement à l'ego des ordinaires.)
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 14 : « Tous les phénomènes conditionnés sont sans soi... Le Soi ne peut être détruit, brisé, fait croître... Le Tathāgata possède véritablement un tel Soi. » (Comparaison entre le non-soi des ordinaires et le Soi véritable du Tathāgata.)
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 27 : « La Nature de Bouddha n'est-elle pas le Soi ? Pour cette raison, je n'enseigne pas la vue annihilationniste... Cette Nature de Bouddha n'est en vérité pas le Soi (au sens ordinaire). Pour le bien des êtres, elle est appelée Soi. » « La Nature de Bouddha est sans soi (au sens d'anātman) ; le Tathāgata enseigne le Soi (au sens du Soi véritable) parce qu'il est permanent. Le Tathāgata est le Soi, et pourtant il enseigne le non-soi, parce qu'il a atteint la liberté. » Ceci explique clairement que l'usage du terme « Soi » vise à réfuter la vue annihilationniste (断见), est basé sur la « Permanence » et la « Liberté », et constitue un moyen habile (方便说 - upāya).
- Anuttarāśraya Sūtra : « Le Dharmakāya du Tathāgata est le Soi véritable suprême qu'il convient de cultiver. » « Parce qu'on évite tous les attachements erronés des non-bouddhistes et qu'on dépasse l'illusion de la vue du soi ; parce qu'on évite les attachements erronés aux principes des deux véhicules (Śrāvaka/Pratyekabuddha) et qu'on dépasse l'illusion du non-soi. » Indique que le Soi véritable transcende la « vue du soi » des non-bouddhistes et la « vue du non-soi » des deux véhicules.
- Mahāvaipulya-acintya-sūtra : Indique que les Bodhisattvas, après avoir vu le Soi véritable, éliminent tout attachement à l'ego et réalisent la liberté du Dharmakāya.
4. 净 (Jìng - Pureté / 清净波罗蜜 - Pāramitā de la Pureté)
- Définition : Désigne la pureté absolue de l'état de Nirvana et du corps de la Nature de Bouddha, libre de toute souillure par les afflictions (烦恼垢 - kleśa), la poussière adventice (客尘 - āgantuka-mala) et les pensées impures. Cette pureté n'est pas seulement une propreté dans le comportement ou l'environnement, mais la pureté originelle et immaculée de la nature de l'esprit elle-même.
- Niveau Théorique : La vertu de Pureté est l'état originel du Dharmakāya. La Nature de Bouddha est intrinsèquement pure (自性清净 - prakṛti-pariśuddha). Bien qu'elle semble souillée dans l'état des êtres liés par les afflictions, son essence n'est jamais polluée, comme l'or dans le minerai dont la nature reste inchangée. Cette pureté n'est pas une propreté extérieure, mais une pureté intérieure par la sagesse, basée sur la vacuité et donc sans souillure (无染 - vimala).
- Niveau Expérientiel : L'état du Bouddha est une « pureté immaculée » (无漏清净 - anāsrava-viśuddhi) parfaite, où toutes les afflictions et leurs tendances latentes (习气 - vāsanā) sont éliminées, et le corps et l'esprit sont purs et immaculés à l'intérieur comme à l'extérieur. Les Bodhisattvas, au cours de leur pratique, purifient progressivement les afflictions en maintenant les préceptes (Śīla) purs et en purifiant l'esprit. Ils passent d'une pureté souillée (有漏净 - sāsrava-śuddhi) à une pureté immaculée (无漏净 - anāsrava-śuddhi), atteignant finalement, à l'état de Bouddha, la vertu de Pureté parfaite.
- Niveau Pratique : Par l'observance stricte des règles éthiques (comme les vœux du Prātimokṣa, les vœux de Bodhisattva, etc.), les trois actions du corps, de la parole et de l'esprit sont protégées et l'on s'abstient des actes non vertueux. Par la pratique de la méditation et des contemplations de la pureté (净观 - śuddhi-bhāvanā, par exemple la contemplation de l'impur, 不净观 - aśubha-bhāvanā, pour surmonter l'avidité), les souillures intérieures sont combattues. Par la sagesse Prajñā, la vraie nature de tous les phénomènes est vue à travers, la vacuité originelle des afflictions est reconnue, retournant ainsi à la nature intrinsèquement pure. Le Mahāparinirvāṇa Sūtra enseigne que s'éloigner de la « perception de la pureté » (净想) mondaine et illusoire et générer la reconnaissance de la vraie « Pureté » (净) du Nirvana est la clé pour réaliser la pureté.
- Points Clés : Souligne la pureté immaculée et le corps sans souillure du Nirvana. C'est le dépassement du fait que le monde est plein d'« impureté » (impuretés corporelles et mentales, souillures des afflictions).
- Références scripturaires :
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 2 : « La Pureté est le Dharma correct possédé par tous les Bouddhas et Bodhisattvas. »
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 5 : « Non-vide signifie : vraie bonne forme, Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté, immobile et immuable... c'est pourquoi il est appelé non-vide. »
- Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 30 : « Sans la souillure des afflictions, c'est pourquoi il est appelé pur. »
- Anuttarāśraya Sūtra : « Le Dharmakāya du Tathāgata est la pureté suprême qu'il convient de cultiver. » « La pureté intrinsèque est sa caractéristique générale, la pureté immaculée est sa caractéristique spécifique. »
- Mahāvaipulya-acintya-sūtra : Souligne que les Bodhisattvas, après avoir réalisé la pureté, éliminent toutes les souillures et entrent dans la pureté du Nirvana.
III. Relations Internes et Structure Globale des Quatre Vertus : Unité Indissociable en Harmonie Parfaite
Les quatre vertus Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté ne sont pas quatre attributs indépendants et séparés, mais existent en interdépendance, se servant mutuellement d'essence (体 - substance) et de fonction (用 - application), et formant en parfaite harmonie (圆融一体) l'image complète du Nirvana, du Dharmakāya et de la Nature de Bouddha.
Interdépendance :
- La Permanence comme fondement : La permanence éternelle (常) est la base et le support fondamental sur lequel les trois autres vertus peuvent être établies. Sans permanence, l'éternité de la Félicité, du Soi véritable et de la Pureté ne serait pas assurée.
- La Félicité dépend de la Permanence et de la Pureté : La véritable félicité (乐) doit reposer sur l'éternité (常) et dépend de l'absence de souillures (净). La félicité est la joie dynamique sur les deux fondements statiques de la Permanence et de la Pureté.
- Unité du Soi véritable avec la Permanence, la Félicité et la Pureté : L'essence du « Soi véritable » (我) est précisément permanente, heureuse et pure ; inversement, l'état parfait de Permanence, Félicité et Pureté est la manifestation du « Soi véritable ». Les quatre vertus sont inséparables dans la Nature de Bouddha, différents aspects de la même réalité.
- Fonction purificatrice et garante de la Pureté : La Pureté (净) est à la fois le processus d'élimination des souillures et la garantie que la Permanence, la Félicité et le Soi véritable peuvent se manifester. Ce n'est qu'une fois les afflictions adventices (客尘烦恼 - āgantuka-kleśa) purifiées que les vertus inhérentes de Permanence, Félicité et Soi véritable peuvent pleinement apparaître. La Pureté peut être considérée comme la cause, et la Permanence, la Félicité, le Soi véritable comme sa manifestation dans le résultat.
Structure Globale : Transcender la Dualité, S'accorder avec la Voie du Milieu :
- Non une simple opposition : La Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté ne sont pas simplement en opposition dualiste avec l'« impermanence, la souffrance, le non-soi, l'impureté », mais constituent leur dépassement et leur perfectionnement. Le Dharma du Bouddha enseigne d'abord l'impermanence, la souffrance, la vacuité et le non-soi du monde pour briser les attachements, puis enseigne la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté du Nirvana pour révéler la vérité. Les deux s'adressent à des niveaux différents et montrent un approfondissement de l'opposition dualiste vers l'unité de la Voie du Milieu.
- Génération mutuelle circulaire et équilibre : Les quatre vertus peuvent être vues comme un cycle fermé se renforçant mutuellement : la Permanence offre la stabilité (statique), le Soi véritable offre la subjectivité (statique/dynamique), la Félicité offre la force motrice (dynamique), la Pureté offre l'immaculité (statique/dynamique). Elles atteignent un équilibre parfait entre mouvement et repos, incarnant ensemble la perfection du Nirvana.
- Noyau de l'Unité : L'essence des quatre vertus est la Nature de Bouddha ou le Dharmakāya. Il n'y a pas d'ordre ou de hiérarchie entre elles ; comme différentes facettes d'un joyau de diamant, elles décrivent conjointement la perfection du Nirvana, la splendeur du Dharmakāya et la nature originelle de la Nature de Bouddha.
IV. Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté en Opposition aux Quatre Vues Inversées : Briser l'Attachement et Révéler la Vérité
L'enseignement de la « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » sert principalement à corriger les quatre perceptions erronées fondamentales inhérentes aux êtres ordinaires dans le cycle des renaissances (Saṃsāra), à savoir les « quatre vues inversées » (四颠倒 - catvāri viparyāsāḥ).
Les Quatre Vues Inversées des Êtres Ordinaires : Désignent les vues erronées sur le complexe corps-esprit composé des cinq agrégats et sur le monde environnant :
- S'attacher aux phénomènes impermanents comme étant « permanents » (常见倒 - nitya-viparyāsa).
- S'attacher à l'accumulation de souffrances comme étant la « félicité » (乐见倒 - sukha-viparyāsa).
- S'attacher à ce qui n'a pas d'identité substantielle propre comme étant le « soi » (我见倒 - ātma-viparyāsa).
- S'attacher à ce qui est impur et souillé comme étant « pur » (净见倒 - śubha-viparyāsa).
- Ces vues inversées sont la racine de l'errance des êtres dans le cycle de vie et de mort et de leur expérience de la souffrance. Le Mahāprajñāpāramitā Sūtra (Vol. 452, 517) etc., les subdivise davantage en perception inversée (想倒 - saṃjñā-viparyāsa), esprit inversé (心倒 - citta-viparyāsa) et vue inversée (见倒 - dṛṣṭi-viparyāsa).
Antidote et Dépassement :
- Étape 1 : Briser l'attachement (Enseignement Fondamental) : Le Bouddha enseigne d'abord l'observation de l'« impermanence, de la souffrance, du non-soi et de l'impureté » des phénomènes mondains comme moyen habile (方便 - upāya) pour entrer dans la pratique, afin de briser puissamment les quatre attachements inversés des êtres ordinaires. C'est un contenu important des enseignements du véhicule Śrāvaka et des enseignements fondamentaux du Mahāyāna (comme les sūtras Prajñāpāramitā).
- Étape 2 : Révéler la vérité (Enseignement Définitif - 了义教) : Cependant, si l'on reste uniquement sur l'aspect négatif, on pourrait mal comprendre le Bouddhisme comme étant pessimiste, négateur du monde ou nihiliste. C'est pourquoi les enseignements définitifs du Mahāyāna (了义教 - nītārtha), en particulier le Mahāparinirvāṇa Sūtra, révèlent en plus les véritables mérites de l'état de Nirvana – « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté ». Cela ne nie pas la précédente « contemplation de l'impermanence », etc., mais clarifie qu'après avoir brisé les vues inversées sur les phénomènes mondains (世间法 - laukika-dharma), il faut reconnaître la vraie nature du Nirvana supramondain (出世间涅槃 - lokottara-nirvāṇa). C'est un dépassement et un perfectionnement des vues du véhicule Śrāvaka.
- Hiérarchie Claire : Le Mahāparinirvāṇa Sūtra dit : « Dans le monde aussi il y a permanence, félicité, soi et pureté, et dans le supramondain aussi il y a permanence, félicité, soi et pureté. Pour les phénomènes mondains, il y a le nom mais pas le sens (le nom ne correspond pas à la réalité) ; dans le supramondain, il y a le nom et le sens (le nom et la réalité correspondent)... Si l'on veut éviter les quatre vues inversées, il faut connaître ainsi la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté (supramondains). » (Vol. 2). L'Anuttarāśraya Sūtra souligne encore plus clairement que si l'on applique l'observation de l'« impermanence, la souffrance, le non-soi et l'impureté » des cinq agrégats à l'observation du Dharmakāya du Tathāgata, cela devient une nouvelle vue inversée. Par conséquent, il faut enseigner la « Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté » pour corriger cette vue inversée.
V. Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté et Nature de Bouddha, Vacuité, Voie du Milieu : Liens Doctrinaux Profonds
Les quatre vertus Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté sont étroitement liées aux concepts centraux du Bouddhisme Mahāyāna – Nature de Bouddha, Vacuité et Voie du Milieu – et montrent la profondeur et l'harmonie complète de l'enseignement.
Relation avec la Nature de Bouddha (佛性 - Buddha-dhātu/Tathāgatagarbha) :
- La Nature de Bouddha est Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté : Les écritures soulignent à plusieurs reprises que la Nature de Bouddha est précisément Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté. Le Mahāparinirvāṇa Sūtra dit : « La Nature de Bouddha est la graine de la Voie du Milieu de l'Anuttarā Samyaksaṃbodhi (suprême éveil parfait) de tous les Bouddhas... c'est pourquoi la Nature de Bouddha est permanente, heureuse, soi et pure. » (Vol. 27). « La vue du soi est appelée Nature de Bouddha » (Vol. 5).
- Tous les êtres possèdent la Nature de Bouddha : L'un des piliers fondamentaux du Bouddhisme Mahāyāna est « Tous les êtres sensibles possèdent la Nature de Bouddha » (一切众生皆有佛性). Cela signifie que chaque être, quel que soit son état actuel (même ceux qui ont commis des fautes graves, ou les Icchantikas - 一阐提人, considérés comme incapables d'atteindre la Bouddhéité), recèle en son sein la nature de Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté, identique à celle du Bouddha. Elle est seulement obscurcie par les afflictions et l'ignorance (无明 - avidyā) et ne se manifeste donc pas, comme le soleil derrière les nuages ou le beurre (酥 - ghṛta) dans le lait.
- Voir la nature signifie voir les quatre vertus : Le processus de la pratique consiste à, par l'éthique (戒 - śīla), la méditation (定 - samādhi) et la sagesse (慧 - prajñā), éteindre les afflictions, éliminer les obscurcissements, et ainsi « clarifier l'esprit et voir la nature » (明心见性). Voir la Nature de Bouddha signifie expérimenter et réaliser directement (亲证) la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté intrinsèquement présents. Le Mahāparinirvāṇa Sūtra, Vol. 27, dit : « Parce qu'ils sont couverts par l'ignorance, les êtres ne peuvent voir (la Nature de Bouddha)... Parce qu'ils peuvent la voir, les êtres obtiennent précisément la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté. »
Relation avec la Vacuité (空性 - Śūnyatā) :
- Non une vacuité nihiliste (断灭空) : Les sūtras Prajñāpāramitā enseignent largement que « Tous les phénomènes sont vides », afin de briser les attachements. Mais « vide » ne signifie pas la non-existence. L'introduction de la « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » sert précisément à empêcher que la « vacuité » soit comprise comme un nihilisme (断灭空 - uccheda-śūnyatā). Le Mahāparinirvāṇa Sūtra décrit le Nirvana comme « non-vide » (不空 - aśūnya, car il possède de véritables mérites) et comme « grande vacuité » (大空 - mahā-śūnyatā, c'est-à-dire la Prajñāpāramitā qui vide toutes les souillures du Saṃsāra). Le Nirvana est « vacuité non-vide » (不空空 - vide les conceptions et attachements mondains, mais l'essence n'est pas vide) ou « non-vide vide » (空不空 - l'essence est vide/tranquille, mais la fonction merveilleuse n'est pas vide). Les quatre vertus incarnent la véritable essence basée sur la sagesse de la vacuité.
- Manifestation positive de la vacuité : C'est précisément parce que tous les phénomènes sont par nature vides (自性空 - svabhāva-śūnya) et sans existence substantielle qu'ils ne peuvent être limités par l'impermanence, la souffrance, les liens et la souillure. C'est seulement ainsi que peuvent se manifester les mérites de Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté, qui transcendent tout cela. La Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté sont la manifestation positive et la fonction parfaite (功用) de la sagesse de la vacuité.
Relation avec la Voie du Milieu (中道 - Madhyamaka) :
- Transcender les deux extrêmes : L'enseignement de la « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » incarne parfaitement la pensée de la Voie du Milieu. Il nie à la fois les vues des non-bouddhistes et des êtres ordinaires qui s'attachent à l'existence réelle (vue éternaliste -常见, vue du soi - 我见), et la vue unilatérale de la vacuité qui s'attache à l'annihilationnisme (nihilisme - 断见, 虛無).
- Vue correcte de la réalité : Comme le dit le Mahāparinirvāṇa Sūtra : Voir seulement la vacuité et le non-soi du Saṃsāra, mais pas la non-vacuité et le Soi véritable du Nirvana, ne peut être appelé Voie du Milieu ; l'inverse est également vrai. La vraie Voie du Milieu signifie reconnaître simultanément l'absence de nature propre de la coproduction conditionnée (缘起性空 - pratītyasamutpāda-śūnyatā : impermanence, souffrance, vacuité, non-soi) et les véritables mérites de la nature originelle du Dharma (法性本然 - dharmatā : Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté). « La Voie du Milieu est appelée Nature de Bouddha » (Vol. 27).
VI. Classification et Stratification : Présentation Systématique des Voies de Compréhension
Pour faciliter la compréhension et la réalisation, les quatre vertus Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté peuvent être classifiées et stratifiées sous différents angles :
1. Classification : Selon différents niveaux
- Niveau théorique (niveau cognitif) : Met l'accent sur la compréhension du contenu philosophique des quatre vertus et de la nature du Dharmadhātu. La Permanence est l'éternité du Dharmadhātu ; la Félicité est la nature tranquille du Nirvana ; le Soi véritable est la souveraineté de la Nature de Bouddha ; la Pureté est l'immaculité du Dharmakāya. Théoriquement, les quatre vertus sont la manifestation nécessaire de la vacuité.
- Niveau pratique (niveau de cultivation) : Met l'accent sur la manière dont les quatre vertus peuvent être réalisées par des pratiques spécifiques. Pour cultiver la Permanence, on contemple l'impermanence et on entre en méditation profonde ; pour cultiver la Félicité, on pratique la compassion et on élimine les afflictions ; pour cultiver le Soi véritable, on pratique la Prajñā et on brise l'attachement à l'ego ; pour cultiver la Pureté, on observe les préceptes et on pratique les contemplations de la pureté. Pratiquement, les quatre vertus sont progressivement réalisées par la voie du Mahāyāna comme les Six Pāramitās.
- Niveau expérientiel (niveau de réalisation) : Met l'accent sur le degré de réalisation des quatre vertus aux différentes étapes de la pratique. De l'état latent au niveau des êtres ordinaires, à la réalisation partielle (分证 - bhāgaśas-sākṣātkāra) aux étapes des Bodhisattvas (première à dixième bhūmi), jusqu'à la réalisation ultime et parfaite (圆证 - paripūrṇa-sākṣātkāra) à l'état de Bouddha. Par exemple, un Bodhisattva de la première terre expérimente la joie du Dharma et voit une partie de la Permanence et de la Pureté, tandis qu'un Bouddha réalise complètement et pénétrantement (彻证) la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté.
2. Stratification : Selon la profondeur de la compréhension et de la réalisation
- Couche superficielle (niveau d'entrée) : Compréhension du sens littéral de base des quatre vertus et de leur contraste avec les vues inversées mondaines. Convient aux débutants pour développer une confiance et une compréhension fondamentales en écoutant des sūtras comme le Mahāparinirvāṇa Sūtra.
- Couche intermédiaire (niveau d'approfondissement) : Exploration de la relation profonde des quatre vertus avec la vacuité, la Voie du Milieu et la Nature de Bouddha ; compréhension de leur véritable signification, qui n'est pas ce à quoi s'attachent les ordinaires, les non-bouddhistes ou les deux véhicules (Śrāvaka/Pratyekabuddha). Nécessite une réflexion profonde et la vision de la Voie du Milieu.
- Couche profonde (niveau ultime) : Expérience et réalisation directes (亲证/实证 - pratyakṣa-sākṣātkāra) que les quatre vertus sont le corps même du Dharmakāya, que la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté forment une unité inséparable et sont au-delà des mots et de la pensée conceptuelle. Nécessite l'union de la méditation profonde (comme le Vajrasamādhi) et de la sagesse Prajñā pour éliminer complètement l'ignorance (无明 - avidyā) et entrer dans cet état.
VII. Relation avec d'Autres Enseignements Bouddhistes : Intégration dans le Cadre Global
Les quatre vertus Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté ne sont pas des concepts isolés, mais sont étroitement liées aux enseignements fondamentaux du Bouddhisme Mahāyāna, formant ensemble un système théorique parfait :
- Relation avec le Nirvana (涅槃) : Les quatre vertus sont les attributs essentiels et les synonymes du Nirvana. Le Nirvana n'est pas seulement la cessation de la souffrance, mais la manifestation parfaite de la Permanence, de la Félicité, du Soi véritable et de la Pureté.
- Relation avec la Vacuité (空性 - Śūnyatā) : Les quatre vertus sont le déploiement positif de la sagesse de la vacuité, l'incarnation concrète de « la vraie vacuité produit l'existence merveilleuse » (真空妙有). La vacuité brise les attachements et élimine les obstacles à la manifestation de la Permanence, de la Félicité, du Soi véritable et de la Pureté.
- Relation avec la Nature de Bouddha (佛性 - Buddha-dhātu) : Les quatre vertus sont les propriétés inhérentes de la Nature de Bouddha. Que tous les êtres possèdent la Nature de Bouddha signifie que tous les êtres possèdent potentiellement la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté, ce qui constitue le fondement intérieur pour atteindre la Bouddhéité.
- Relation avec le Dharmakāya (法身) : Les quatre vertus sont les mérites du Dharmakāya du Bouddha. Le Dharmakāya est permanent, omnipénétrant, pur et libre ; ses aspects vertueux spécifiques (德相) sont précisément la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté.
- Relation avec la Voie du Bodhisattva (菩萨道) : La Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté sont le but ultime de la pratique du Bodhisattva. Les Bodhisattvas pratiquent les Six Pāramitās, les Quatre Moyens d'Attraction (四摄法 - catuḥ-saṃgraha-vastu), parcourent les dix terres (十地 - daśa-bhūmi), éliminent progressivement les obstacles des afflictions (烦恼障 - kleśāvaraṇa) et les obstacles cognitifs (所知障 - jñeyāvaraṇa), réalisent graduellement la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté (分分证得) et atteignent finalement la Bouddhéité parfaite.
- Comparaison et Intégration avec les Véhicules Śrāvaka et Pratyekabuddha : Les véhicules Śrāvaka et Pratyekabuddha mettent l'accent sur la contemplation de l'« impermanence, la souffrance, le non-soi, l'impureté » pour échapper au Saṃsāra, ce qui est une base nécessaire. Le Bouddhisme Mahāyāna, sur cette base, révèle en plus la « Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté » du Nirvana. Cela ne nie pas le premier, mais le positionne comme une étape sur le chemin vers la perfection ultime, montrant la supériorité et l'exhaustivité des enseignements Mahāyāna.
La Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté ne sont pas seulement des descriptions théoriques, mais un état qui peut être atteint par la pratique et la réalisation effectives. Les sūtras et śāstras Mahāyāna indiquent la voie vers cet objectif :
Sagesse par l'Écoute, la Réflexion et la Culture (闻思修 - śruta-cintā-bhāvanā-mayī prajñā) :
- Se rapprocher d'un ami spirituel (善知识 - kalyāṇamitra), écouter le Dharma authentique : Écouter les maîtres et les écritures (comme le Mahāparinirvāṇa Sūtra) qui exposent les enseignements définitifs du Mahāyāna, en particulier la permanence de la Nature de Bouddha et les quatre vertus du Nirvana, pour établir des vues correctes.
- Réflexion conforme à la raison (如理思惟 - yoniśo-manaskāra) : Réfléchir de manière répétée à la signification de la Permanence, de la Félicité, du Soi véritable et de la Pureté, éliminer les doutes, en particulier pratiquer les trois portes de la libération (三解脱门 - trīṇi vimokṣa-mukhāni : Vacuité - 空 śūnyatā, Absence de signe - 无相 animitta, Absence de souhait - 无愿 apraṇihita ou Non-fabrication - 无作 anabhisaṃskāra) ainsi que la vision de la Voie du Milieu.
- Pratiquer conformément au Dharma : Intégrer la compréhension acquise par l'écoute et la réflexion dans la pratique réelle, en mettant en œuvre des méthodes telles que les Six Pāramitās (布施 dāna - don, 持戒 śīla - moralité, 忍辱 kṣānti - patience, 精进 vīrya - effort, 禅定 dhyāna - méditation, 般若 prajñā - sagesse), l'Octuple Sentier (八正道), les 37 Facteurs de l'Éveil (三十七道品 - saptatriṃśad-bodhipakṣikā-dharmāḥ), etc.
Éthique Pure (持戒清净) : Les règles éthiques (Śīla) sont le fondement de la méditation (Samādhi) et de la sagesse (Prajñā). L'observance stricte des préceptes protège le corps, la parole et l'esprit, éloigne des actions non vertueuses, apaise l'esprit, favorise le développement du Samādhi, est la voie directe pour réaliser la vertu de « Pureté » et la garantie pour la manifestation des trois autres vertus.
Méditation et Sagesse (定慧等持 - Équilibre entre Samādhi et Prajñā) :
- Pratiquer la méditation (奢摩他 - śamatha) : Calmer la dispersion de l'esprit due aux pensées vagabondes, développer la concentration et la sérénité, en particulier pratiquer des méditations profondes comme le Vajrasamādhi, qui peuvent susciter la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté.
- Pratiquer la vision pénétrante (毗婆舍那 - vipaśyanā) : Avec la sagesse Prajñā, contempler la vraie nature de tous les phénomènes, voir à travers l'impermanence, la souffrance, la vacuité et le non-soi, briser les deux attachements au soi et aux phénomènes (我法二执), et finalement voir directement le corps de la Nature de Bouddha.
- Union de la méditation et de la sagesse (定慧结合 / 止观双运 - śamatha-vipaśyanā-yuganaddha) : Développer conjointement Śamatha (止 - calme) et Vipaśyanā (观 - vision pénétrante) et les faire se renforcer mutuellement pour éliminer les afflictions, réaliser la vérité et s'harmoniser avec la vraie nature du Dharmadhātu.
Cultiver la Confiance et l'Esprit d'Éveil (Bodhicitta) :
- Confiance solide (坚固信心 - śraddhā) : Développer une confiance inébranlable dans les Trois Joyaux (佛法僧 - Bouddha, Dharma, Sangha), dans les sūtras Mahāyāna, dans sa propre Nature de Bouddha et dans la réalité de la Permanence, de la Félicité, du Soi véritable et de la Pureté est une force motrice importante pour entrer dans la pratique et persévérer dans l'effort.
- Générer l'Esprit d'Éveil (发菩提心 - bodhicitta-utpāda) : Le Bouddhisme Mahāyāna souligne que la réalisation de la Permanence, de la Félicité, du Soi véritable et de la Pureté ne sert pas seulement à la libération personnelle, mais qu'il faut en outre développer une grande compassion (大悲心 - mahā-karuṇā) et aspirer à l'éveil suprême (无上菩提 - anuttarā-bodhi) pour libérer tous les êtres. Par des actions altruistes (利他行 - parārtha), on accumule des mérites (福德 - puṇya) et de la sagesse (智慧 - jñāna), ce qui aide à briser plus rapidement l'attachement à l'ego et à réaliser parfaitement la Bouddhéité. La pratique des Quatre Incommensurables (慈悲喜舍) est une méthode importante pour cultiver la vertu de Félicité.
Éliminer les Obstacles et les Afflictions (破除障惑) : Identifier et éliminer systématiquement les divers obstacles (障 - āvaraṇa) et afflictions (惑 - kleśa) qui entravent la vision de la nature (见性). Cela inclut les quatre vues inversées des ordinaires, les afflictions conceptuelles et émotionnelles (见思惑 - dṛṣṭi-bhāvanā-heya-kleśa), ainsi que les obstacles plus subtils sur la voie du Bodhisattva comme les obstacles concernant les innombrables phénomènes (尘沙惑), l'ignorance fondamentale (无明惑 - avidyā-kleśa), en particulier les obstacles mentionnés dans l'Anuttarāśraya Sūtra : l'obstacle des Icchantikas (阐提障), l'obstacle des non-bouddhistes (外道障), l'obstacle des Śrāvakas (声闻障), l'obstacle des Pratyekabuddhas (缘觉障) et les niveaux encore plus profonds de l'ignorance fondamentale (无明住地) et leurs effets.
IX. Conclusion : Destination Parfaite et Révélation Éternelle
Les quatre vertus du Tathāgata – « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » – constituent la magnifique description de la réalité ultime de la vie par le Bouddhisme Mahāyāna, la cristallisation de la sagesse et de la compassion du Bouddha. Elles révèlent non seulement la perfection et la splendeur de l'état de Nirvana, donnant aux pratiquants un objectif clair et sublime, mais, à travers l'enseignement de la Nature de Bouddha, elles offrent également à tous les êtres sensibles un espoir infini – à savoir que chacun possède intérieurement la possibilité d'atteindre cet état d'éternité, de félicité, de liberté et de pureté.
Ces quatre vertus sont interdépendantes, forment une unité harmonieuse et constituent ensemble la splendeur du Dharmakāya et la quiétude du Nirvana. Elles sont le dépassement ultime de la réalité mondaine de l'impermanence, de la souffrance, du non-soi et de l'impureté, l'incarnation positive de la vision de la Voie du Milieu, qui brise les vues éternalistes et annihilationnistes, et affirme la valeur éternelle de la vie ainsi que la possibilité d'une félicité ultime.
Comprendre la Permanence, la Félicité, le Soi véritable et la Pureté ne réside pas seulement dans la connaissance théorique, mais bien plus dans leur appréhension comme phare et objectif de la pratique. Par la culture des voies Mahāyāna telles que l'écoute, la réflexion, la culture, l'éthique, la méditation, la sagesse, la confiance et l'Esprit d'Éveil, les êtres peuvent progressivement purifier leurs afflictions, manifester leur Nature de Bouddha inhérente de Permanence, Félicité, Soi véritable et Pureté, et finalement atteindre la Bouddhéité parfaite, réalisant ainsi la même libération et liberté que tous les Bouddhas.
Par conséquent, « Permanence, Félicité, Soi véritable, Pureté » n'est pas seulement une louange de l'état de Bouddha, mais aussi un encouragement infini et une sollicitude suprême pour tous les êtres sensibles. Elles indiquent une voie lumineuse depuis cette rive des afflictions (Saṃsāra) jusqu'à l'autre rive de la Bodhi et du Nirvana, nous inspirant, par une pratique diligente, à éliminer complètement les obstacles et les afflictions, et à réaliser cet état de libération ultime et parfait.